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BROUSSA
Nous avions encore cinq lieues a faire avant d’arriver aBroussa, qui était le but de notre voyage. Il fallaitavoir promptement des chevaux. Nous nous rendîmes acet effet chez le gouverneur, qui était un effendi fortmal vêtu. Il nous répondit catégoriquement que nousn’en aurions point, parce que le sultan allait prendreles eaux a Broussa, et que tous les chevaux du paysétaient de corvée pour réparer le chemin que devaitfouler l’élu de Dieu .
Les Turcs sont ainsi faits. Ils travaillent pendant troismois pour faire un chemin au sultan, mais, une foisachevé, ils se garderaient bien de l’entretenir. Quandl’hiver a passé là-dessus, il devient impraticable.
Comme nous nous en allions tristement, un mar-chand de Broussa nous accosta, et nous offrit des mon-tures de retour qui allaient partir à l’instant même. Nousacceptâmes avec enthousiasme, et, le prix étant ar-rêté, nous allâmes dans une écurie , qui est le caféde l’endroit, manger des figues sèches, du fromagerance et du pain noir très-mal cuit. Au bout d’un quartd’heure, nos oreilles furent réjouies par le bruit dusabot de nos montures, qui faisait résonner le pavé, litnous vîmes apparaître quatre maigres mules garnies debâts, c’est-à-dire d’une bûche à côtes aiguës, einman-