LES SPORADES.
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l’égoïsme des rois chrétiens. Le grand maître, agenouillédevant l’autel, se lève au moment où le prêtre entonnecette prière : « Deusf in adjutorium meum in tende!— Seigneur! venez a mon secours!»—J’en acceptel’augure, dit-il ; allons, mes frères ! — et ils montent surle rempart pour se défendre ou mourir.
Les habitants de la ville, électrisés par ce noble en-thousiasme, meurent en héros. Une jeune tille voit sonamant tomber sur le rempart; prise de la folie du dés-espoir, elle poignarde son enfant , pour le soustraire àl’esclavage, revêt l’armure de son amant, se jette dansla mêlée, combat comme un homme, et trouve la mortdans les rangs des ennemis.
Au milieu de ces chevaliers héroïques, on est frappéde la ligure imposante et austère de ce Philippe Villiersde l’Isle-Adam, qui réunit autour de lui ses plus bravescompagnons, courant sans cesse d’une brèche h l’autre,repoussant l’ennemi partout , voyant tomber autour delui ses plus fermes soutiens, mais ne faiblissant jamaiset restant enfin presque seul en face du sultan qui s’in-cline devant la majesté de ce vaincu sublime. — « La« conquête et la perte des empires, lui dit Soliman,« sont les jeux ordinaires de la fortune. » lit lorsquele grand maître quitte sa ville, emportant avec lui les
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