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LES SPORADES.
portes en sycomore admirablement sculptées, qui fer-maient l’ancien hôpital, et qui tombaient en ruines,ont été emportées pieusement, comme un débris denotre ancienne gloire , par un prince français qui portele nom du naïf historien des croisades de Saint-Louis.
On ne peut parcourir cette ville célèbre, passer danscette rue qui rappelle tant de glorieux souvenirs, visi-ter ces remparts illustrés par une mémorable défense,sans éprouver un sentiment d’admiration et de regret.C’est sans doute un des spectacles les plus émouvantset les plus singuliers de l’histoire, que celui de cettepoignée d’hommes serrés autour de l’étendart de lacroix, et isolés dans leur île, comme sur un vaisseau,au milieu d’une mer ennemie, protégeant le commerceeuropéen, luttant pendant deux siècles contre les forcesimmenses des sultans, attaquant et détruisant des Hottespuissantes, arrêtant au pied de leurs murs les arméesdu vainqueur de Constantinople , et défendant seuls enOrient la cause de la civilisation contre la fatalité quil’envahit de toutes parts. Et lorsque enlin abandonnéspar l’ingratitude des puissances européennes, ils sontenfermés dans leur ville par une armée de deux centmille hommes, ils se défendent avec calme, demandanta Dieu et îi leur épée ce secours que leur refuse