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DAMAS
d’une légère couche de chaux; les rues sont malpro-pres et tristes ; le soleil éblouit les yeux, qui se sonthabitués à l’ombre des jardins; la ville enchantée qu’onavait rêvée semble s’être évanouie sous le coup de ba-guette d’un malin génie.
Mais il ne faut pas s’arrêter a cette première impres-sion. En Orient, la richesse et la beauté cherchentl’ombre; on n’y trouve point le pompeux étalage denotre luxe extérieur : les maisons, comme les femmes,sont voilées. Les femmes passent dans la rue le visagecouvert d’une mousseline épaisse, la taille effacée sousl’ampleur de leur manteau , les pieds enfouis dans desbottines informes; sous cette enveloppe, la plus laideressemble à la plus belle. Mais, si on soulevait le voileet qu’on déchirât le manteau, que de merveilleuseshouris sortiraient de cette informe chrysalide! Il en estainsi des maisons de Damas : bouges et palais ont lamême apparence extérieure. Et pourtant derrière cesmurs misérables se cachent des habitations élégantes,où l’imagination arabe a déployé ses plus gracieusesfantaisies.
La partie la plus originale de ces maisons est unecour intérieure qui communique avec la rue par uncorridor étroit et voûté. Au milieu s’élève un bassin en