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PREMIER DIALOGUE.
l’hypocrisie d’une tête exaltée n’en est pas moinsdicté par une âme de boue?
Rouss. Ce choix du mot me paroît moins indif-férent qu’à vous. Il change pour moi beaucoup lesidées ; et, s’il n’y avoit que du faste et du jargondans les écrits de l’auteur que vous m’avez peint, ilm’inspireroit moins d’horreur. Tel homme perverss’endurcità la sécheresse des sermons et des prônes,qui rentreroit peut-être en lui-même et deviendraithonnête homme si l’on savoit chercher et ranimerdans son cœur ces sentiments de droiture et d’huma-nité que la nature y mit en réserve et que les pas-sions étouffent. Mais celui qui peut contempler desang froid la vertu dans toute sa beauté, celui quisait la peindre avec ses charmes les plus louchantssans en être ému, sans se éentir épris d’aucun amourpour elle , un tel être, s’il peut exister, est un mé-chant sans ressource ; c'est un cadavre moral.
Le Fr. Comment! s’il peut exister? Sur l’effetqu’ont produit en vous les écrits de ce misérable,qu’entendez-vous par ce doute , après les entretiensque nous venons d’avoir? Expliquez-vous.
Rouss. Je m’expliquerai : mais ce sera prendre lesoin le plus inutile ou le plus superflu; car tout ceque je vous dirai ne saurait être entendu que parceux à qui l’on n’a pas besoin de le dire.
Figurez-vous donc un monde idéal semblable aunôtre, et néanmoins tout différent. La nature y estla même que sur notre terre, mais l’économie en estplus sensible , l’ordre en est plus marqué, le spec-tacle plus admirable, les formes sont plus élégantes,