PREMIER DIALOGUE. 15
les couleurs plus vives, les odeurs plus suaves , tousles objets plus intéressants. Toute la nature y est sibelle, que sa contemplation , enflammant les âmesd’amour pour un si touchant tableau, leur inspire,avec le désir de concourir à ce beau système, lacrainte d’en troubler l’harmonie ; et de là naît uneexquise sensibilité qui donne à ceux qui en sontdoués des jouissances immédiates, inconnues auxcœurs que les mêmes contemplations n’ont pointavivés.
Les passions y sont, comme ici, le mobile detoute action ; mais plus vives, plus ardentes, ou seule-ment plus simples et plus pures, elles prennent parcela seul un caractère tout différent. Tous les pre-miers mouvements de la nature sont bons et droits.Us tendent le plus directement qu’il est possible hnotre conservation et à notre bonheur ; mais bientôt,manquant de force pour suivre à travers tant de ré-sistance leur première direction, ils se laissent dé-fléchir par mille obstacles qui, les détournant duvrai but, leur font prendre des routes obliques oùl’homme oublie sa première destination. L’erreur dujugement, la force des préjugés, aident beaucoup ànous faire prendre ainsi le change; mais cet effetvient principalement de la foiblesse de l’âme, qui,suivant mollement l’impulsion de la nature, se dé-tourne au choc d’un obstacle, comme une bouleprend l'angle de réflexion ; au lieu que celle qui suitplus vigoureusement sa course ne se détourne point;mais, comme un boulet de canon, force l’obstacle ,ou s’amortit ot tombe h sa rencontre.