PREMIER DIALOGUE.
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pliqucr clairement tout cela ; car j’avoue de bonnefoi y avoir trouvé jusqu’ici quelque obscurité.
Roosa. Bon ! vous voilà bien embarrassé ! le pil-lard aura fait accointance avec l'auteur; il se serafait confier sa pièce , ou la lui aura volée, et puisil l’aura empoisonné. Cela est tout simple.
Le Fr. Vraiment, voua avez l’a de jolies idées !
Rouas. Ah ! ne me faites pas honneur de votrebien. Ces idées vous appartiennent ; elles sont l’effetnaturel de tout ce que vous m’avez appris. Au reste,et quoi qu’il en soit du véritable auteur de la pièce,il me suffit que celui qui s’est dit l’étre soit , parson ignorance et son incapacité, hors d’état de l’avoirfaite, pour que j’en conclue, à-plus forte raison, qu’iln’a fait ni le Dictionnaire qu’il s’attribue aussi,ni laLettre sur la musique françoise, ni aucun des au-tres livres qui portent son nom et dans lesquels ilest impossible de ne pas sentir qu’ils partent tousde la même main. D’ailleurs concevez-vous qu’unhomme doué d’assez de talents pour faire de pa-reils ouvrages aille, au fort même de son effer-vescence , piller et s’attribuer ceux d’autrui dansun genre qui non-seulement n’est pas le sien , maisauquel il n’entend absolument rien ; qu’un hommequi, selon vous , eut assez de courage, d’orgueil,de fierté, de force , pour résister à la démangeai-son d’écrire , si naturelle aux jeunes gens qui sesentent quelque talent, pour laisser mûrir vingtans sa tête dans le silence , afin de donner plusde profondeur et de poids à ses productions long-temps méditées ; que ce même homme , l’Ame toute26 . 4