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PREMIER DIALOGUE.
coupables les regards de leur victime, et redoutantla lumière du jour : enfin l’on eût prévenu , avec ledouble scandale des crimes et de leur impunité, celuid’une maxime aussi funeste qu’insensée que vosmessieurs semblent vouloir établir par son exemple,savoir que, pourvu qu’on ait de l’esprit et qu’onfasse de beaux livres, on peut se livrer à toutessortes de crimes impunément.
Voila le seul vrai parti qu’on avoit h prendre , sil’on vouloit absolument ménager un pareil miséra-ble. Mais pour moi, je vous déclare que je suis aussiloin d’approuver que de comprendre cette prétendueclémence de laisser libre , nonobstant le péril , jene dis pas un monstre affreux tel qu’on nous le re-présente , mais un malfaiteur tel qu’il soit. Je netrouve dans cette espèce de grâce ni raison , ni hu-manité , ni sûreté, et j’y trouve beaucoup moinscette douceur et cette bienveillance dont se vantentvos messieurs avec tant de bruit. Rendre un hommele jouet du public et de la canaille ; le faire chassersuccessivement de tous les asiles les plus reculés ,les plus solitaires , où il s’étoit de lui-même empri-sonné et d’où certainement il n’étoit à portée defaire aucun mal; le faire lapider par la populace; lepromener par dérision de lieu en lieu toujours chargéde nouveaux outrages ; lui ôter même les ressourcesles plus indispensables de la société; lui voler sa subsis-tance pour lui faire l’aumône ; le dépayser sur toute laface de la terre ; faire de tout ce qu’il lui importe leplusylc savoir autant pour lui'de mystères impénétra-bles ; le rendre tellement étranger, odieux, méprisable