PREMIER DIALOGUE. 131
aux hommes, qu’au lieu des lumières, de l'assis-tance et des conseils, que chacun doit trouver aubesoin parmi scs frères , il ne trouve partout qu’em-biichcs , mensonges, trahisons, insultes ; le livreren un mot sans appui, sans protection, sans dé-fense , à l’adroite animosité de ses ennemis : c’estle traiter beaucoup plus cruellement que si l’on sefût une bonne fois assuré de sa personne par unedétention , dans laquelle , avec la sûreté de tout lemonde, on lui eût fait trouver la sienne, ou dumoins la tranquillité. Vous m’avez appris qu’il dé-sira , qu’il demanda lui-même cette détention, etque, loin de la lui accorder, on lui fit de cette de-mande un nouveau crime et un nouveau ridicule.Je crois voir à la fois la raison de la demande etcelle du refus. Ne pouvant trouver de refuge dansles plus solitaires retraites, chassé successivementdu sein des montagnes et du milieu des lacs, forcéde fuir de lieu en lieu et d’errer sans cesse avec despeines et des dépenses excessives au milieu des dan-gers et des outrages, réduit, à l’entrée de l’hiver,a courir l’Europe pour y chercher un asile sans plussavoir où, et sûr d’avance de n’être laissé tranquilleHuile part; il étoit naturel que, battu, fatigué detant d’orages, il désirât de finir ses malheureuxjours dans une paisible captivité, plutôt que de sevoir dans sa vieillesse poursuivi, chassé, ballottésans relâche de tous côtés, privé d’une pierre poury reposer sa tête, et d’un asile où il pût respirer,jusqu’il ce qu’à force de courses et de dépenses, onl’eût réduit à périr dé misère, ou à vivre, toujours