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PREMIER DIALOGUE.
errant, des dures aumônes de ses persécuteurs, ar-dents à en venir là pour le rassasier enfin d’igno-minie à leur aise. Pourquoi n’a-t-on pas consenti àcet expédient si sûr, si court, si facile , qu’il pro-posoit lui-même, et qu’il demandoit comme unefaveur? N’est-ce point qu’on ne vouloitpas le trai-ter avec tant de douceur, ni lui laisser jamais trouvercette tranquillité si désirée? N’est-ce point qu’on nevouloit lui laisser aucun relâche, ni le mettre dans unptat où l'on n’eût pu lui attribuer chaque jour de nou-veaux crimes et de nouveaux livres, et où peut-être,àforce de douceur et de patience, eût-il fait perdre auxgens chargés de sa garde les fausses idées qu’on vouloitdonner de lui ? N’est-ce point enfin que dans le pro-jet si chéri, si suivi, si bien concerté, de l’envoyeren Angleterre, il entroit des vues dont son séjourdans ce pays-là, et les effets qu’il y a produits sem-blent développer assez l’objet ? Si l’on peut donnerà ce refus d’autres motifs, qu'on me les dise , et jepromets d’en montrer la fausseté.
Monsieur, tout ce que voua m’avez appris, toutce que vous m’avez prouvé, est à mes yeux plein dechoses inconcevables, contradictoires , absurdes,qui, pour être admises, demanderoient encore d’au-tres genres de preuves que celles qui suffisent pourles plus complètes démonstrations ; et c’est précisé-ment ces mêmes choses absurdes que vous dépouil-lez de l’épreuve la plus nécessaire et qui met le sceauà toutes les autres. Vous m’avez fabriqué tout àvotre aise un être tel qu’il n’en exista jamais, unmonstre hors de la nature, hors de la vraisem-