PREMIER niVLOGUE. 139
Le Fh. N’aperccvez-vous point que, pour éviterfie prétendues absurdités, vous tombez dans uneautre, sinon plus forte , au moins plus choquante?Vous justiliez un seul homme dont la condamnationvous déplaît, aux dépens de toute une nation, quedis-je ? de toute une génération dont vous faites unegénération de tourbes : car enfin tout est d'accord ;tout le public, tout le monde sans exception a donnéson assentiment au plan qui vous paroit si répré-hensible ; tout se prête avec zèle h son exécution :personne ne l’a désapprouvé, personne n’a commisla moindre indiscrétion qui pût le faire échouer,personne n’a donné le moindre indice , la moindrelumière à l'accusé qui put le mettre en état de sedéfendre ; il n’a pu tirer d’aucune bouche un seulmot d'éclaircissement sur les charges atroces donton l’accable à l'envi ; tout s’empresse à renforcerles ténèbres dont on l’environne, et l’on sait à quoichacun se livre avec plus d’ardeur, de le diffamerabsent, ou de le persifler présent. 11 faiulroit doncconclure de vos raisonnements qu’il ne se trouve pasdans toute la génération présente un seul honnêtehomme, pas un seul ami de la vérité. Admettez-vouscette conséquence ?
llouss. A Dieu ne plaise ! Si j’étois tenté de l’ad-mettre, ce ne seroit pas auprès de vous, «huit jecomtois la droiture invariable et la sincère équité.Mais je commis aussi ce que peuvent sur les meil-leurs cœurs les préjugés et les passions, et combienleurs illusions sont quelquefois inévitables. Votreobjection me paroit solide et forte. Elle s’est pré-