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PREMIER DIALOGUE.
il leur importe trop de ne voir en lui qu’un scélé-rat , pour qu’eux et les leurs y voient jamais autrechose.
Le Fh. Mais enfin, pouvez-vous concevoir, ima-giner quelque solide réponse aux preuves dont vousavez été si frappé ? Tout ce que vous verrez oucroirez voir pourra-t-il jamais les détruire? Sup-posons que vous trouviez un honnête homme où laraison , le bon sens , et tout le monde, vous mon-trent un scélérat, que s’ensuivra-t-il ? Que vos yeuxvous trompent ; ou qne le 'genre humain tout entier,excepté vous seul, est dépourvu de sens ? Laquellede ces deux suppositions vous paroît la plus natu-relle , et à laquelle enfin vous en tiendrez-vous?
Rouss. A aucune des deux; et cette alternativene me paroît pas si nécessaire qu’à vous. 11 est uneautre explication plus naturelle, qui lève bien desdifficultés ; c’est de supposer une ligue dont l’objetest la diffamation de Jean-Jacques, qu’elle a prissoin d’isoler pour cet effet. Et que dis-je, supposer?par quelque motif que cette ligue se soit formée,elle existe. Sur votre propre rapport, elle semble-roit universelle. Elle est du moins grande, puis-sante, nombreuse; elle agit de concert et dans leplus profond secret pour tout ce qui n’y entre pas,et surtout pour l’infortuné qui en est l’objet. Pours’en défendre il n’a ni secours, ni ami, ni appui,ni conseil, ni lumières; tout n’est autour de lui quepièges, mensonges, trahisons, ténèbres. Il est ab-solument seul, et n’a que lui seul pour ressource;il ne doit attendre ni aide ni assistance de qui que