PREMIER DIALOGUE.
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Après vous avoir dit pourquoi vos preuves, toutévidentes qu’elles vous paraissent, ne sauraient êtreconvaincantes pour moi, qui n'ai ni ne puis avoir lesinstructions nécessaires pour juger à quel point cespreuves peuvent être illusoires et m’en imposer parune fausse apparence de vérité , je vous avoue pour-tant derechef que , sans me convaincre, elles m’in-quiètent, m’ébranlent, et que j’ai quelquefois peinea leur résister. Je désirerais sans doute, et de toutmon cœur, qu’elles fussent fausses, et que l’hommedont elles me font un monstre n’en fût pas un ; maisje désire beaucoup davantage encore de ne pas m’e-garer dans cette recherche et de ne pas me laisserséduire par mon penchant. Que puis-je faire dansune pareille situation (a), pour parvenir, s’il estpossible , h démêler la vérité ? C’est de rejeterdans celte affaire toute autorité humaine , toutepreuve qui dépend du témoignage d’autrui, et deme déterminer uniquement sur ce que je puis voirde mes'yeux et eonnoitre par moi-même. Si Jean-Jacques est tel que l’ont peint vos messieurs, et s’ila été si aisément reconnu tel par tous ceux qui l’ontapproché , je ne serai pas plus malheureux qu’eux ,
' («) Pour excuser le public autant qu’il se peut, je suppose
partout son erreur presque invincible ; mais moi, qui sais dansma conscioncc qu'aucun crime jamais n'approcha de moncoeur, je suis sûr que tout homme vi-alment attentif,’ vraimentjuste, découvrirait l'imposture s\ travers tout l'art d'un com-plot, parce qu'enfin je no crois pas possible que jamais lenionsoiigo usurpe et s’approprie tous les caractères de Uvérité.