SECOND DIALOGUE. 163
l’idée que vous m'en aviez donnée ; nî le regard , nile son de la voix, ni l’accent, ni le maintien, nesont du monstre que vous m’avez peint.
Le Fa. Bon ! n’allez-vous pas le dépouiller de sestraits comme de ses livres 1
llouss. Mais tout cela va très-bien ensemble, etme paroitroit assez appartenir au même homme.Je lui trouve aujourd'hui les traits du mentor d’É-mile ; peut-être dans sa jeunesse lui aurois-jetrouvé ceux de Saint-Preux . Enfin , je pense que,si sous sa physionomie la nature a caché l’âmed’un scélérat, elle ne pouvoit en effet mieux la ca-cher.
Le Fk. J’entends ; vous voilà livré en sa faveurau même préjugé contre lequel vous vous étiez sibien armé s’il lui eût été contraire.
Rouss. Non ; le seul préjugé auquel je me livreici, parce qu'il me paroît raisonnable, est bienmoins pour lui que contre ses bruyants protec-teurs. Ils ont eux-mêincs fait faire ces portraitsavec beaucoup de dépense et de soin; ils les ontannoncés avec pompe dans les journaux, dans lesgazettes ; ils les ont prônés partout : mais, s'ilsn’en peignent pas mieux l’original au moral qu’auphysique, on le connoitra sûrement fort mal d’a-prfes eux. Voici un quatrain que Jean-Jacques mitau-dessous d’un de ces portraits :
Hommes savants dans l’art de feiudre,
Qui me prêtez des traits si doux ,
Vous aurez beau vouloir me peindre,
Vous ne peindrez jamais que vous.