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SECOND DIALOGUE.
Je voyois presque tous ceux qui se piquent definesse et de pénétration s’abuser en sens contrairepar le même principe de juger du cœur d’autruipar le sien. Je les voyois saisir avidement en l’airun trait, un geste , un mot inconsidéré , et, l'inter-prétant à leur mode , s’applaudir de leur saga-cité en prêtant à chaque mouvement fortuit d'unhomme un sens subtil qui n’existoit souvent quedans leur esprit. Eli ! quel est l’homme d’espritqui 11e dit jamais de sottise ? quel est l'honnêtehomme auquel il n’échappe jamais un propos ré-préhensible que son cœur n’a point dicté ? Si l’ontenoit un registre exact de toutes les fautes quel’homme le plus parfait a commises , et qu’on sup-primât soigneusement tout le reste , quelle opiniondonneroit-on de cet homme-là? Que dis-je , lesfautes ! non , les actions les plus innocentes , lesgestes les plus indifférents , les discours les plussensés, tout, dans un observateur qui se passionne,augmente et nourrit le préjugé dans lequel il secomplaît, quand il détache chaque mot ou chaquefait de sa place pour le mettre dans le jour qui lui
convient.
Je voulois m'y prendre autrement pour étudier àpart-moi un homme si cruellement, si légèrement,si universellement jugé. Sans m’arrêter à de vainsdiscours , qui peuvent tromper , ou à des signespassagers plus incertains encore, mais si commodesà la légèreté et à la malignité, je résolus de l’é-tudier par ses inclinations , ses mœurs, ses goûts ,ses penchants , ses habitudes ; de suivre les détails