Band 
Tome I.
Seite
170
JPEG-Download
 

170

SECOND DIALOGUE.

Je voyois presque tous ceux qui se piquent definesse et de pénétration sabuser en sens contrairepar le même principe de juger du cœur dautruipar le sien. Je les voyois saisir avidement en lairun trait, un geste , un mot inconsidéré , et, l'inter-prétant à leur mode , sapplaudir de leur saga-cité en prêtant à chaque mouvement fortuit d'unhomme un sens subtil qui nexistoit souvent quedans leur esprit. Eli ! quel est lhomme despritqui 11e dit jamais de sottise ? quel est l'honnêtehomme auquel il néchappe jamais un propos ré-préhensible que son cœur na point dicté ? Si lontenoit un registre exact de toutes les fautes quelhomme le plus parfait a commises , et quon sup-primât soigneusement tout le reste , quelle opiniondonneroit-on de cet homme-? Que dis-je , lesfautes ! non , les actions les plus innocentes , lesgestes les plus indifférents , les discours les plussensés, tout, dans un observateur qui se passionne,augmente et nourrit le préjugé dans lequel il secomplaît, quand il détache chaque mot ou chaquefait de sa place pour le mettre dans le jour qui lui

convient.

Je voulois m'y prendre autrement pour étudier àpart-moi un homme si cruellement, si légèrement,si universellement jugé. Sans marrêter à de vainsdiscours , qui peuvent tromper , ou à des signespassagers plus incertains encore, mais si commodesà la légèreté et à la malignité, je résolus de lé-tudier par ses inclinations , ses mœurs, ses goûts ,ses penchants , ses habitudes ; de suivre les détails