208
SECOND DIALOGUE.
sûr que , loin de l’en croire capable, tous s’accor-dcroient il ne lui trouver ni goût ni vocation pource métier.
Ce même naturel ardent et doux se fait constam-ment sentir dans tous ses écrits comme dans ses dis-cours. II ne cherche ni n’évite de parler de ses en-nemis. Quand il en parle , c’est avec une fierté sansdédain avec une plaisanterie sans fiel, avec des re-proches sans amertume, avec une franchise sansmalignité. Et de même il ne parle de ses rivaux degloire qu'avec des éloges mérités sous lesquels aucunvenin ne se cache ; ce qu’on ne dira sûrement pasde ceux qu’ils font quelquefois de lui. Mais ce quej’ai trouvé en lui de plus rare pour un auteur, etmême pour tout homme sensible , c’est la tolérancela plus parfaite en fait de sentiments et d’opinions,et l’éloignement do tout esprit de parti, même en safaveur ; voulant dire en liberté son avis et ses rai-sons quand la chose le demande, et même, quandsou cœur s’échauffe, y mettant de la passion ; maisne blâmant pas plus qu’on n’adopte pas son senti-ment qu’il ne souffre qu’on le lui veuille ôter, etlaissant h chacun la même liberté de penser qu’ilréclame pour lui-même. J’entends tout le mondeparler de tolérance ; mais je n’ai connu de vrai tolé-rant que lui seul.
Enfin l'espèce de sensibilité que j’ai trouvée enlui peut rendre peu sages et très-malheureux ceuxqu’elle gouverne, mais elle n’en fait ni des cerveauxbrûlés ni des monstres : elle en fait seulement deshommes inconséquents et souvent en contradiction