SECOND DIALOGUE.
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les blessent que <le ceux qui les flattent, ils voientpartout quelque sujet de peine, ils gardent toujoursquelque souvenir attristant; et, quand ensuite ilsméditent dans la solitude<*sur ce qui les a le plusaffectés, leurs cœurs ulcérés remplissent leur ima-gination de mille objets funestes. Les concurrences,les préférences, les jalousies, les rivalités, les of-fenses , les vengeances, les mécontentements detoute espèce, l’ambition, les désirs , les projets, lesmoyens , les obstacles , remplissent de pensées in-quiétantes les heures de leurs courts loisirs ; et siquelque image agréable ose y paroitre avec l’espé-rance , elle en est effacée ou obscurcie par cent ima-ges pénibles que le doute du succès vient bientôt ysubstituer.
Mais celui qui, franchissant l’étroite prison del’intérêt personnel et des petites passions terrestres,s’élève sur les ailes de l'imagination au-dessus desvapeurs de notre atmosphère ; celui qui, sans épui-ser sa force et ses facultés à lutter contre la fortuneet la destinée , sait s’élancer dans les régions étlié-rées , y planer, et s’y soutenir par de sublimes con-templations , peut de lk braver les coups du sort etdes insensés jugements des hommes. Il est au-dessusde leurs atteintes ; il n’a pas besoin de leur suffragepour être sage, ni de leur faveur pour être heureux.Enfin tel est en nous l’empire de l’imagination, ettelle eu est l’influence, que d’elle naissent, non-seulement les vertus et les vices, mais les biens etles maux de la vie humaine, et que c’est principale-ment la manière dont on s’y livre qui rend les hom-