Band 
Tome I.
Seite
215
JPEG-Download
 

SECOND DIALOGUE.

215

les blessent que <le ceux qui les flattent, ils voientpartout quelque sujet de peine, ils gardent toujoursquelque souvenir attristant; et, quand ensuite ilsméditent dans la solitude<*sur ce qui les a le plusaffectés, leurs cœurs ulcérés remplissent leur ima-gination de mille objets funestes. Les concurrences,les préférences, les jalousies, les rivalités, les of-fenses , les vengeances, les mécontentements detoute espèce, lambition, les désirs , les projets, lesmoyens , les obstacles , remplissent de pensées in-quiétantes les heures de leurs courts loisirs ; et siquelque image agréable ose y paroitre avec lespé-rance , elle en est effacée ou obscurcie par cent ima-ges pénibles que le doute du succès vient bientôt ysubstituer.

Mais celui qui, franchissant létroite prison delintérêt personnel et des petites passions terrestres,sélève sur les ailes de l'imagination au-dessus desvapeurs de notre atmosphère ; celui qui, sans épui-ser sa force et ses facultés à lutter contre la fortuneet la destinée , sait sélancer dans les régions étlié-rées , y planer, et sy soutenir par de sublimes con-templations , peut de lk braver les coups du sort etdes insensés jugements des hommes. Il est au-dessusde leurs atteintes ; il na pas besoin de leur suffragepour être sage, ni de leur faveur pour être heureux.Enfin tel est en nous lempire de limagination, ettelle eu est linfluence, que delle naissent, non-seulement les vertus et les vices, mais les biens etles maux de la vie humaine, et que cest principale-ment la manière dont on sy livre qui rend les hom-