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LES KOURMIS
Pour nous rendre compte d’un de ces chauds engage-ments, écoutons encore Huber :
« Les amazones étaient déjà rassemblées sur le nidet prêtes à partir. Elles se mirent en route et se répan-dirent comme un torrent le long d’un fossé profond.Elles marchaient plus serrées qu’à l’ordinaire et avecune rapidité étonnante. Elles arrivèrent bientôt à l'entréedu nid quelles se proposaient d’attaquer; c’était unefourmilière mineuse. Dès que les légionnaires com-mencèrent à s’introduire dans la cité souterraine, il ensortit une foule de mineuses, dont les unes les assail-lirent avec furie, tandis que les autres passèrent aumilieu d’elles, emportant à leur bouche leurs larves etleurs nymphes. La surface du nid fut quelque temps lethéâtre de la mêlée; les légionnaires étaient souventdépouillées des nymphes qu’elles emportaient, les mi-neuses les leur arrachaient, s’élancaient sur elles, lescombattaient corps à corps, et leur disputaient le terrainavec un acharnement dont je 11’avais pas encore vud’exemple.
« Néanmoins, l’armée amazone, qui avait pénétréavec tant d’impétuosité dans la fourmilière, se remit enmarche en bon ordre, toute chargée des nymphes et deslarves qu’elle avait enlevées; mais au lieu d’aller àla file, elle se tenait serrée, et ne formait qu’uneseule légion : précaution d’autant, plus nécessaire que lesinsectes courageux chez lesquels elle avait fait cetteexcursion se mirent à sa poursuite et la harcelèrent jus-qu’à dix pas de la fourmilière mixte.
« Pendant ces combats, la fourmilière pillée offrait eupetit le spectacle d’une ville assiégée; des centaines demineuses s’éloignaient de leur patrie, emportant çà et làles nymphes, les larves et les jeunes femelles qu’ellesvoulaient soustraire au pillage ou à la fureur de leursennemies. La plupart grimpaient sur les plantes environ-nantes, avec leurs larves entre leurs dents ; d’autres les