DU DUC D’ORLÉANS. 2 3 7
Le duc d’Orléans croyoit, et c’est assez dire. Onpeut s’étonner qu’il se-trouve des hommes capablesd’offenser un Dieu qu’ils savent être mort pour eux ;mais qui s’étonnera jamais qu’un chrétien ait étéhumble, juste , tempérant, humain, charitable ? etqu'il ait accompli à la lettre les préceptes d’une reli-gion si pure, si sainte, et dont il étoit si intimementpersuadé ? Ah ! non, sans doute, on ne remarquoitpoint entre ses maximes et sa conduite cette opposi-tion monstrueuse qui déshonore nos mœurs ou notreraison ; et l’on ne sauroit peut-être citer une seule*de ses actions qui ne montre , avdc la force de cettegrande âme faite pour soumettre ses passions à l’em-pire de sa volonté , la force plus puissante de lagrâce 9 faite pour soumettre en toutes choses savolonté à celle de son Dieu .
Toutes ses vertus ont porté cette divine empreintedu christianisme ; c’est dire assez combien elles onteffacé l’éclat des vertus humaines , toujours si em-pressées à s’attirer cette vaine admiration qui estleur unique récompense, et qu’elles perdent pour-tant encore, comparées à celle du vrai chrétien. Lesplus grands hommes de l’antiquité sc seroient hono-rés de voir son nom inscrit a côté des leurs 9 et ilsn’auroient pas même eu besoin de croire comme lui,pour admirer et respecter ces vertus héroïques qu’ilconsacroit ou sacrifioit toutes au triomphe de sa foi.
Il étoit humble, non de cette fausse et trompeusehumilité qui n’est qu’orgueil ou bassesse d’âme , maisd’une humilité pieuse et discrète, également conve-nable à un chrétien pécheur et à un grand prince2 . 21