A M. D’ALEMBERT. 67
qu’il lui donne. Telle est cette pointe de la scène dusonnet,
La peste de ta chute, empoisonneur au diable î
En eusses-tu fait une à te casser le nez!
pointe d’autant plus déplacée dans la bouche dumisanthrope, qu’il vient d’en critiquer de plus sup-portables dans le sonnet d’Oronte ; et il est bienétrange que celui qui la fait propose un instantaprès la chanson du roi Henri pour un modèlede goût. Il ne sert de rien de dire que ce motéchappe dans un moment de dépit; carie dépit nedicte rien moins que des pointes; et Alceste, quipasse sa vie à gronder , doit avoir pris , même en’grondant, un ton conforme a son tour d’esprit :
Morbleu ! vil complaisant ! vous louez des sottises !
C’est ainsi que doit parler le misanthrope en colère.Jamais une-pointe n'ira bien après cela. Mais il fal-loit faire rire le parterre; et voilà comment on avi-lit la vertu.
Une chose assez remarquable, dans cette comé-die, est que les charges étrangères que hauteur adonnées au rôle du misanthrope l’ont forcé d’adou-cir ce qui étoit essentiel au caractère. Ainsi, tandisque dans toutes ses autres pièces les caractères sontchargés pour faire plus d’effet, dans celle-ci seuleles traits sont émoussés pour la rendre plus théâ-trale. La même scène dont je viens de parler m’enfournit la preuve. On y voit Alceste tergiverser et