A M. D’ALEMBERT.
173
comme des impôts sur le blé, sur le vin, sur le sel,sur toute chose nécessaire à la vie, qui ont un airde justice au premier coup-d’œil, et sont au fondtrès-iniques; car le pauvre, qui ne peut dépenserque pour son nécessaire , est forcé de jeter les troisquarts de ce qu’il dépense en impôts, tandis que,ce meme nécessaire n’étant que la moindre partiede la dépense du riche, l’impôt lui est presque in-sensible (a). De cette manière, celui qui a peu paiebeaucoup , et celui qui a beaucoup paie peu : jene vois pas quelle grande justice on trouve acela.
On me demandera qui force le pauvre d’aller auxspectacles. Je répondrai, premièrement, ceux quiles établissent et lui en donnent la tentation; en se-cond lieu, sa pauvreté même, qui, le condamnantà des travaux continuels , sans espoir de les voirfinir , lui rend quelque délassement plus nécessairepour les supporter. Il ne se tient point malheureux
tend sans cesse à s’élever au-dessus de ses vingt sous ; mais leriche, pour le fuir, n’u plus d’asile au-delà de ses quatrefrancs ; il faut, malgré lui, qu’il se laisse accoster ; et, si souorgueil en souffre , sa bourse eu profite.
(«) Voilà pourquoi les imposteurs de Bodin et autres friponspublics établissent toujours leurs monopoles sur les chosesnécessaires à la vie, afin d’affamer doucement le peuple sansque le riche en murmure. Si le moindre objet de luxe ou defaste étoit attaqué, tout seroit perdu ; mais, pourvu que lesgrands soient contents , qu’importe que le peuple vive ?
15 .