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LETTRE
république , quand on verra les citoyens, travestisen beaux esprits, s’occuper a faire des vers françoiset des pièces de théâtre ; talents qui ne. sont pointles nôtres et que nous ne posséderons jamais. Maisque M. de Voltaire daigne nous composer des tra-gédies sur le modèle de la Mort de César , du pre-mier actd de Brutus ; et, s’il nous faut absolumentun théâtre, qu’il s’engage à le remplir toujours deson génie, et à vivre autant que ses pièces !
Je serois d’avis qu'on pesât mûrement toutes cesréflexions avant de mettre en ligne de compte legoût de parure et de dissipation que doit produireparmi notre jeunesse l’exemple des comédiens. Maisenfin cet exemple aura son effet encore ; et si géné-ralement partout les lois sont insuffisantes pour ré-primer des vices qui naissent de la nature des choses,comme je crois l'avoir montré, combien plus le se-ront-elles parmi nous, où le premier signe de leurfoiblesse sera rétablissement des comédiens ! car cene seront point eux proprement qui auront intro-duit ce goût de dissipation 5 au contraire , ce memegoût les aura prévenus , les aura introduits eux-mêmes 9 et ils ne feront que fortifier un penchantdéjà tout formé, qui, les ayant fait admettre,à plus forte raison les fera maintenir avec leursdéfauts.
Je m’appuie toujours sur la supposition qu’ils sub-sisteront commodément dans une aussi petite ville;et je dis que, si nous les honorons , comme vous leprétendez, dans un pays où tous sont à peu prèségaux, ils seront les égaux de tout le monde, et