A M. J. J. ROUSSEAU.
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['apparence du plaisir. Non-seulement on a vouludistraire de leurs peines ces enfants adultes, on avoulu que ce théâtre, où ils ne vont en apparenceque pour rire ou pour pleurer, devînt pour eux ,presque sans qu’ils s’en aperçussent, une école demœurs et de vertu. Voilà, monsieur, de quoi vouscroyez le théâtre incapable 5 vous lui attribuez mêmeun effet absolument contraire, et vous prétendez leprouver.
J e conviens d’abord avec vous, que les écrivainsdramatiques ont pour but principal de plaire, etque celui d’être utiles est tout au plus le second :mais qu’importe, s’ils sont en effet utiles, que cesoit leur premier ou leur second objet? Soyonsde bonne foi, monsieur, avee nous-mêmes , et con-venons que les auteurs de théâtre n’ont rien en celaqui les distingue des autres. L’estime publique estle but principal de tout écrivain ; et la premièrevérité qu'il veut apprendre' à ses lecteurs , c’est qu’ilest digne de cette estime. En vain affecteroit-il dela dédaigner dans ses ouvrages ; l’indifférence setait, et ne fait point tant de bruit; les injures mêmesdites à une nation ne sont quelquefois qu’un moyenplus piquant de se rappeler à son souvenir. Et lefameux cynique de la Grèce eût bientôt quitté cetonneau d’où il bravoit les préjugés et les rois, si lesAthéniens eussent passé leur chemin sans le regar-der et sans l’entendre. La vraie philosophie ne con-siste point à fouler aux pieds la gloire, et encoremoins à le dire 3 mais à n’en pas faire dépendre sonbonheur, même en tâchant delà mériter’. On n’écrit