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LETTRE
donc, monsieur, que pour être lu, et on ne veutêtre lu que pour être estimé ; j’ajoute , pour êtreestimé de la multitude , de cette multitude mêmedont on fait d’ailleurs ( et avec raison ) si peu decas. Une voix secrète et importune nous crie que cequi est beau , grand et vrai plaît à tout le monde ,et que ce qui n’obtient pas le suffrage général man-que apparemment de quelqu’une de ces qualités.Ainsi, quand on cherche les éloges du vulgaire, c’estmoins comme une récompense flatteuse en elle-même, que comme le gage le plus sûr de la honted’un ouvrage. L’amour-propre qui n’annonce quedes prétentions modérées , en déclarant qu’il seborne à l’approbation du petit nombre , est unamour-propre timide qui se-console d’avance, ou unamour-propre mécontent qui se console après coup.Mais , quel que soit le but d’un écrivain, soit d’êtreloué, soit d’être utile, ce but n’importe guère aupublic ; ce n’est, point là ce qui règle son jugement,c’est uniquement le degré de plaisir ou de lumièrequ’on lui a donné. Il honore ceux qui l’instruisent,il encourage ceux qui l’amusent, il applaudit ceuxqui l’instruisent en l’amusant. Or les bonnes piècesde théâtre me paroissent réunir ces deux derniersavantages. C’est la morale mise en action, ce sontles préceptes réduits en exemples; la tragédie nousoffre les malheurs produits parles vices des hommes,la comédie les ridicules attachés à leurs défauts ;l’une et l’autre mettent sous les yeux ce que la mo-rale ne montre que d’une manière abstraite et dansune espèce de lointain. Elles développent et forti-