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Tome III.
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LETTRE

Ce que je dis ici de Mahomet , je crois pouvoir ledire de meme des autres tragédies qui vous parois-sent si dangereuses. Il nen est, ce me semble , au-cune qui ne laisse dans notre âme après la représen-tation , quelque grande et utile leçon de moraleplus ou moins développée. Je vois dans OEdipe unprince fort à plaindre sans doute , mais toujourscoupable, puisquil a voulu, contre l'avis même desDieux, braver sa destinée ; dans Phèdre, une femmeque la violence de sa passion peut rendre malheu-reuse , mais non pas excusable, puisquelle travailleà perdre un prince vertueux dont elle na pu se faireaimer ; dans Catilina , le mal que labus des grandstalents peut faire au genre humain 5 dans Mèdée etdans Atrèe , les effets abominables de lamour cri-minel et irrité, de la vengeance et de la liaine. Dail-leurs , quand ces pièces ne nous enseigneroient di-rectement aucune vérité morale, seroient-ellcs pourcela blâmables ou pernicieuses ? Il sufliroit, pourles justifier de ce reproche, de faire attention auxsentiments louables, ou tout au moins naturels quel-les excitent en nous \ OEdipe et Phèdre l'attendris-sement sur nos semblables, Atrèe et Mèdèe le fré-missement et lhorreur. Quand nous irions à cestragédies, moins pour être instruits que pour êtreremués, quel seroit en cela notre crime et le leur?Elles seroient pour les honnêtes gens, sil est permisdemployer cette comparaison, ce que les supplicessont pour le peuple, un spectacle ils assisteroientpar le seul besoin que tous les hommes ont dêtreémus. Cest, en effet ce besoin, et non pas comme on