A M. J. J. ROUSSEAU.
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le croit communément, un sentiment d’inhumanité(pi fait courir le peuple aux exécutions des crimi-nels. Il voit au contraire ces exécutions avec unmouvement de trouble et de pitié , qui va quelque-fois jusqu’à l’horreur et aux larmes. Il faut a cesâmes rudes, concentrées et grossières, des secous-ses fortes pour les ébranler. La tragédie suffit auxâmes plus délicates et plus sensibles; quelquefoismême, comme dans Mèdèe et dans Atrée , l'impres-sion est trop violente pour elles. Mais, bien loind’être alors dangereuse, elle est au contraire im-portune; et un sentiment de cette espèce peut-ilêtre une source de vices et de forfaits? Si dans lespièces où l’on expose le crime a nos yeux , les scélé-rats ne sont pas toujours punis, le spectateur estaffiigé qu’ils ne le soient pas : quand il ne peut enaccuser le poète , toujours obligé de se conformer al’histoire , c’est alors , si je puis parler ainsi ,l’histoire elle-même qu’il accuse ; et il se v dit ensortant,
Faisons notre devoir et laissons faire aux dieux.
Aussi dans un spectacle qui laisseroit plus de li-berté au poète, dans notre opéra, par exemple, quin'est d’ailleurs ni le spectacle de la vérité ni celuides mœurs , je doute qu’on pardonnât â l’auteur delaisser jamais le crime impuni. Je me souviensd’avoir vu autrefois en manuscrit un opéra à?Atrée ,où ce monstre périssoit écrasé de la foudre, encriant avec une satisfaction barbare,
Tonnez, dieux impuissants , frappez, je suis vengé.