Band 
Tome III.
Seite
237
JPEG-Download
 

A M. J. J. ROUSSEAU.

237

pourquoi s'imaginer , comme ont fait presque tousnos auteurs, quune pièce ne puisse nous intéressersans amour? Sommes-nous plus difficiles ou plus in-sensibles que les Athéniens? et ne pouvons-nouspas trouver à leur exemple une inftnité dautres su-jets capables de remplir dignement le théâtre ; lesmalheurs de lambition, le spectacle dun héros danslinfortune, la haine de la superstition et des ty-rans, lamour de la patrie, la tendresse maternelle?Ne faisons point à nos Françoises linjure de penserque lamour seul puisse les émouvoir, comme si ellesn'étoient ni citoyennes ni mères. Ne les avons-nouspas vues sintéresser à la Mort de César, et verserdes larmes à. Mérope ?

Je viens, monsieur, a vos objections sur la co-médie. Vous ny voyez quun exemple continuel delibertinage, de pei'fidie et de mauvaises mœurs ; desfemmes qui trompent leurs maris, des enfants quivolent leurs pères , d'honnêtes bourgeois dupés pardes fripons de cour. Mais je vous prie de considérerun moment sous quel point de vue tous ces vicesnous sont représentés sur le théâtre. Est-ce pour lesmettre en honneur? Nullement5 il nest point despectateur qui sy méprenne ; cest pour nous ouvrirles yeux sur la source de ces vices 5 pour nous fairevoir dans nos propres défauts ( dans des défauts quien eux-mêmes ne blessent point lhonnêteté ) unedes causes les plus communes des actions criminellesque nous reprochons aux autres. Quapprenons-nous dans George-Dandin ? que le déréglement desfemmes est la suite ordinaire des mariages mal as-