A M. J. J. ROUSSEAU.
239
parer leurs auteurs à ces hérétiques , qui pour dé-biter le mensonge ont abusé quelquefois de la chairede vérité.
Vous ne vous en tenez pas a des imputations gé-nérales. Vous attaquez, comme une satire cruellede la vertu, le Misanthrope de Molière, ce chef-d’œuvre de notre théâtre comique, si néanmoins leTartufe ne lui est pas encore supérieur, soit par lavivacité de l’action, soit par les situations théâtra-les ; soit enfin par la variété et la vérité des caractè.res. Je ne sais, monsieur, ce que vous pensez decette dernière pièce ; elle étoit bien faite pour trou-ver grâce devant vous, ne fût-ce que par l’aver-sion dont on ne peut se défendre pour l'espèce d’hom-mes si odieuse que Molière y a joués et démasqués.Mais je viens au Misanthrope. Molière , selon vous,a eu dessein dans cette comédie de rendre la verturidicule. Il me semble que le sujet et les détails dela pièce, que le sentiment même qu’elle produit ennous, prouvent le contraire. Molière a voulu nousapprendre que l’esprit et la vertu ne suffisent paspour la société, si nous ne savons compatir aux foi-biesses de nos semblables, et supporter leurs vicesmême j que les hommes sont encore plus bornés queméchants, et qu’il faut les mépriser sans le leur dire.Quoique le Misanthrope divertisse les spectateurs,il n’est pas pour cela ridicule à leurs yeux : il n’estpersonne au contraire qui ne l’estime, qui ne soitporté même à l’aimer et à le plaindre. On rit de samauvaise humeur, comme de celle d’un enfant bienné et de beaucoup d’esprit. La seule chose que j’oserois