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LETTRE
tuné du Valais , où il n’y a ni haine, ni jalousie, niquerelles, et où il y a pourtant des hommes. Maissi l’âge d’or s’est réfugié dans les rochers voisins deGenève , vos citoyens en sont pour le moins à l’âged’argent; et dans le peu de temps que j’ai passéparmi eux ils m’ont paru assez avancés, ou, si vousvoulez, assez pervertis pour pouvoir entendre Bru-tus et Rome sauvée sans avoir a craindre d’en deve-nir pires.
La plus forte de toutes vos objections contre l’éta-blissement d’un théâtre à Genève , c’est l’impossibi-lité de supporter cette dépense dans une petite ville.Vous pouvez néanmoins vous souvenir que des cir-constances particulières ayant obligé vos magistrats,il y a quelques années, de permettre , dans la villemême de Genève , un spectacle public, on ne s’aper-çut point de l’inconvénient dont il s’agit, ni de tousceux que vous faites craindre. Cependant, quand ilseroit vrai que la recette journalière ne suffiroit pasà l’entretien du spectacle, je vous prie d’observerque la ville de Genève est, a proportion de sonétendue, une des plus riches de l’Europe ; et j’ailieu de croire que plusieurs citoyens opulents decette ville, qui désireroient d’y avoir un théâtre,fourniroient sans peine à une partie de la dépense ;c’est du moins la disposition où plusieurs d’entre euxm’ont paru être, et c’est en conséquence que j’aihasardé la proposition qui vous alarme. Cela sup-posé, il seroit aisé de répondre en deux mots a vosautres objections. Je n’ai point prétendu qu’il y eûtà Genève spectacle tous les jours ; un ou deux