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LETTRE
vous aux paradoxes, pour nous soutenir qu’il y amoins de mal a s’enivrer et a médire , qu’à voirreprésenter Cinna et Polyeucte. Je parle ici d’aprèsla peinture que vous avez faite vous-même de la viejournalière de vos citoyens ; et je n’ignore pas qu’ilsse récrient fort contre cette peinture : le peu deséjour, disent-ils , que vous avez fait parmi eux ,ne vous a pas laissé le temps de les connoitre,ni d’en fréquenter assez les différents états ; et vousavez représenté comme l’esprit général de cettesage république , ce qui n’est tout au plus quele vice obscur et méprisé de quelques sociétésparticulières.
Au reste, vous ne devez pas ignorer, monsieur,que depuis deux ans une troupe de comédiens s’estétablie aux portes de Genève , et que Genève et lescomédiens s’en trouvent à merveille. Prenez votreparti avec courage, la circonstance est urgente et lecas difficile. Corruption pour corruption, celle quilaissera aux Genevois leur argent dont ils ont be-soin , est préférable à celle qui le fait sortir decliez eux.
Je me bâte de finir sur cet article dont la plupartde nos lecteurs ne s’embarrassent guère , pour envenir à un autre qui les intéresse encore moins , clsur lequel par cette raison je m’arrêterai moinsencore. Ce sont les sentiments que j’attribue à vosministres en matière de religion. Vous savez, et ilsle savent encore mieux que vous, que mon desseinn’a point été de les offenser ; et ce motif seul suf-firoit aujourd’hui pour me rendre sensible à leurs