40
LETTRES
fasse. Quant à moi, dit-il, je ne le fais pas, per-suadé que Dieu est bon père, qui sait mieux queses enfants ce qui leur convient. Mais ne peut-onlui rendre aucun autre culte aussi digne de lui ? Leshommages d’un cœur plein de zèle, les adorations,les louanges , la contemplation de sa grandeur ,l’aveu de notre néant, la résignation à sa volonté ,la soumission à ses lois , une vie pure et sainte, toutcela ne vaut-il pas bien des vœux intéressés et mer-cenaires? Près d’un Dieu juste, la meilleure ma-nière de demander est de mériter d’obtenir. Lesanges qui le louent autour de son trône le prient-ils? Qu’auroient-ils à lui demander? Ce mot deprière est souvent employé dans l’Écriture pourhommage, adoration ; et qui fait le plus est quittedu moins. Pour moi , je ne rejette aucune desmanières d’honorer Dieu ; j’ai toujours approuvéqu’on se joignît h l’Église qui le prie : je le fais ; leprêtre savoyard le faisoit lui-même. L’écrit si vio-lemment attaqué est plein de tout cela. N’importe :je rejette, dit-on, la prière ; je suis un impie à brû-ler. Me voilà jugé.
Ils disent encore que j’accuse la morale chré tienne de rendre tous nos devoirs impraticables en
mais ce que tu veux. » Que dis-je ? c’est l’Oraison dominicaleelle-même. Elle est toute entière dans ces paroles : « Que tavolonté soit faite. » Toute autre prière est superflue, et ne faitque contrarier celle-là. Que celui qui pense ainsi se trompe ,cela peut être. Mais celui qui publiquement l’accuse à cause decela de détruire la morale chétienne , et de n'ctre pas chrétien ,est-il un fort bon chrétien lui-même ?