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LETTRES
l’équité , ne permettoient pas qu'il vous en donnas-sent un autre , et vous ne l’auriez pas accepté. N’enpouvant donc ôter les défauts , ils ont borné leurssoins à l’affermir tel que l’avoient laissé vos pères :ils l’ont corrigé même en divers points ; et des abusque je viens de remarquer , il n’y en a pas un quin'existât dans la république long-temps avant queles médiateurs en eussent pris connoissance. Le seultort qu’ils semblent vous avoir fait, a été d’ôter au jlégislateur tout exercice du pouvoir exécutif, etl’usage de la force à l’appui de la justice : mais en jvous donnant une ressource aussi sûre et plus légi-time , ils ont changé ce mal apparent en un vraibienfait; en se rendant garants de vos droits, ils vousont dispensés de les défendre vous-mêmes. Eh ! dans 'la misère des choses humaines, quel bien vaut la !peine d’étre acheté du sang de nos frères? lia liberté jmême est trop chère à ce prix.
Les médiateurs ont pu se tromper, ils étoient hom- 1mes ; mais ils n’ont point voulu vous tromper, ils ont jvoulu être justes, cela se voit, même cela se prouve;et tout montre en effet que ce qui est équivoque oudéfectueux dans leur ouvrage vient souvent de né-cessité , quelquefois d’erreur, jamais de mauvaisevolonté. Ils avoient à concilier des choses presqueincompatibles, les droits du peuple et les préten-tions du Conseil, l’empire des lois et la puissancedes hommes , l’indépendance de l’état et la garantie jdu réglement. Tout cela ne pouvoit se faire sans unpeu de contradiction ; et c’est de cette contradiction jque votre magistrat tire avantage , en tournant tout j