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LETTRES
pas, ou y prenoient trop peu d'intérêt, ou avoientintérêt de la présenter sous un faux jour. Aucund’eux n’a suffisamment distingué le souverain du gou-vernement ; la puissance législative de l’exécutive.Il n’y a point d’état où ces deux pouvoirs soient siséparés , et où l’on ait tant affecté de les confondre.Les uns s’imaginent qu'une démocratie est un gou- |vernement où tout le peuple est magistrat et juge; id’autres ne voient la liberté que dans le droit d’é-lire ses chefs , et, n’étant soumis qu’à des princes,croient que celui qui commande est toujours le sou-verain. La constitution démocratique est certaine-ment le chef-d’œuvre de l’art politique : mais plusl’artifice en est admirable, moins il appartient à tousles yeux de le pénétrer. N’est-il pas vrai, Monsieur,que la première précaution de n’admettre aucunConseil général légitime que sous la convocation dupetit Conseil., et la seconde précaution de n'y souf-frir aucune proposition qu’avec l’approbation dupetit Conseil, suffisoient seules pour maintenir leConseil général dans la plus entière dépendance?La troisième précaution, d’y régler la compétencedes matières, étoit donc la chose du monde la plussuperflue. Et quel eût été l inconvcnient de laisserau Conseil général la plénitude des droits suprêmes,puisqu’il n’en peut faire aucun usage qu’autant quele petit Conseil le lui permet ? En ne bornant pasles droits de la puissance souveraine , on ne la ren-doit pas dans le fait moins dépendante, et l’on évi-toitune contradiction : ce qui prouve que c’est pourn’avoir pas bien connu votre constitution qu’on a