VICIEUSE DES V I í L E î.
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A^rticle Second.
De la maniéré la plus avantageuse de disribuer une Ville.
A^algrê la multitude de Villes qui ont été bâties jusqu’icidans toutes les parties du monde, il n’en a pas encore existé quel’on puisse véritablement citer pour modèles. Le hasard n’a pasmoins présidé k leur distribution générale qu’k leur emplacement, (a)Pour s’en convaincre, il ne faut que jetter les yeux fur leur ensem-ble, pour s’appercevoir qu’elles ne font toutes que des amas dcmaisons distribuées fans ordre, fans entente d’un plan total con-venablement raisonné, & que tout le mérite des Capitales les plusvantées, ne consiste qu'en quelques Quartiers assez bien bâtis, qu’en.quelques rues passablement alignées, ou qu’en quelques monumenspublics, recommandables, soit par leur masse , soit par le goûtde leur architecture. Sans cesse on remarquera qu’on a tout sacri-fié k la grandeur, k la magnificence , mais qu’on n’a jamais faitd’cfforts pour procurer un véritable bien-etre aux hommes, pourconserver leur vie, leur lanté, leurs biens, & pour assurer la íalu-brité de l’air de leurs demeures.
En examinant attentivement une grande Ville , ce qui frapped’abord, c’est de voir de toutes parts couler les immondices k dé-couvert dans les ruisseaux avant de se rendre dans les égouts , &exhaler dans leur passage toutes fortes d’odeurs mal - faisantes :ensuite c’est le sang des boucheries ruisselant au milieu des rues,& offrant k chaque pas des spectacles horribles & révoltans. Ici
(a) Constantinople est la Ville que l’on exaltele plus généralement. Placée au bord de la mer,ses maisons s’élevent en amphitéâtre, au-dessusles unes des autres. Dc loin on apperçoit sescollines embellies de Mosquées , & d’édisicesconsidérables, formant du couchant au levantun vaste point de vue, qui annonce avantageu-sement la Capitale d’un grand Empire. Mais sonintérieur ne répond nullement à ec dehors im-
posant. Il a plutôt Pair d’un gros Bourg par lamultitude de jardins & d’arbres qui se trouventpêle-mêle avec les maisons, que d’une Ville im-portante. Ses rues font étroites, mal percées,mal pavées, & toujours extrêmement mal-pro-pres : on est obligé de monter & de descendresans cesse , ce qui est fort incommode. D’ail-leurs toutes ses maisons sont bâties en bois quioccasionne de fréquens incendies.