LE MOUTON.
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H1STOI1IQUE.
dont les caractères sont communiqués par la domesticité. On a pensé que l’Argali del’Asie et le Mouflon d’Europe avaient donné naissance aux races de moutons propresà ces deux pays; que des espèces analogues avaient produit les races extrême-ment variées du continent africain ; et que toutes ces races diverses, issues de diffé-rentes origines, pouvaient se ressembler dans les caractères généraux assignéspar les naturalistes aux espèces, tout aussi bien que le cliien-loup (Wolf-Bog) desEsquimaux et le chien-chacal des Turcomans, qui sont classés comme espèces zoo-logiqucs, bien que l’un se lie manifestement au loup par tous ses caractères, etl’autre au chacal. Néanmoins, nous n’avons aucune preuve directe que l’une desespèces sauvages du genre Ovis soit devenue moidon domestique, et toutes nos suppo-sitions à l’égard de ce dernier ne sont fondées que sur des analogies et des induc-tions rationnelles (1).
Le Mouton domestique, laissé dans l’état de liberté, ne tend jamais à reprendre lescaractères ni de l’Argali ni du Mouflon; mais ceci n’est point un argument décisifcontre l’opinion que nous soutenons, parce que ce paraît être une loi naturelle devoir les formes animales présenter des modifications organiques qui tendent à l’amé-lioration progressive des races, et jamais à leur rétrogradation. Le cochon sauvage,dont les caractères changent entièrement par la domesticité, ne redevient pas unsanglier s’il est laissé libre; et les chiens qui ont vécu en liberté pendant plusieursgénérations (âges), comme cela est arrivé à ceux qui ont été abandonnés à la naturedans les colonies européennes, ne présentent pas de tendance à devenir loups ouchacals (2).
Quelle que soit, au reste, l’origine du mouton domestique, nous savons qu’ëlleremonte aux tems les plus reculés de notre histoire. L’Ecriture sainte nous rappellel’existence du mouton en même tems que celle des premiers habitans de la terre, et
(1) Il n’était nullement besoin, cc nous semble, de recourir à cette vieille opinion d’ÀiusTOTE (De Gé-
nérât. animal. , lib. II, cap. 5 ) sur l’origine disgénère du eliien, opinion déjà regardée comme apocryphepar Buffox et tombée complètement en désuétude aujourd’hui, pour faire remonter l’origine de notremouton domestique à une ou plusieurs espèces congénères et manifestement très-voisines, comme le se-rait 1 ’Or.is musimon de Pallas ou P Ovis amrnon de Linné. La comparaison affaiblit ici le raisonne-ment au lieu d’en augmenter les probabilités ; ce qui le prouve, c’est que presque tous les naturalistes sontd’accord sur l’origine du mouton domestique, tandis que la plus grande obscurité règne encore sur l’ori-gine de nos races de chiens. Au reste, cette question n’oflfe pas un intérêt réel, l’ancienneté du moutondomestique devant la rendre éternellement douteuse. R.
(2) Il est fâcheux que ces raisonnemens, si futiles en apparence, ne reposent pas sur des faits moins con-
testables que ceux relatifs à la création des races de chiens parle loup, le chacal, le renard ou la hyène, etauxquels nous n’accordons aucune creance pour notre part; ils jetteraient un grand jour et seraient d’unintérêt immense pour la solution du problème de la fixité des races perfectionnées, qui s’agite aujourd’hui,et sur lequel nous aurons l’occasion de revenir fréquemment. R.