LE MOUTON.
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HISTORIQUE.
les troupeaux et les bandes de bergers nomades de l’Orient ont été décrits dans leslivres sacrés avec une exactitude qui nous permet de comparer les connaissancesdes peuples les plus anciens à celles qu’ont acquises aujourd’hui les habitans desmêmes pays. Presque rien ne semble être changé dans les usages de ces tribusde pasteurs : aux lieux où Abraham dressait sa tente, — « avec ses moutons, sesboeufs, ses ânes et ses chameaux, » — où il était assis à la porte de sa tente, — oùla pierre fut ôtée du puits dont les servantes tiraient l’eau, l’Arabe et le Turco-man nomades campent aujourd’hui, et la scène tout entière n’est qu’un panoramavivant du passé. Ce que nous voyons chez les peuples actuels du désert, leurs tentes,leurs migrations, leur économie domestique, leurs troupeaux, leurs chameaux,leurs puits, tout enfin, nous prouve avec quelle fidélité incomparable l’Histoiresainte a été racontée.
S,ur les moutons, nous apprenons que les pasteurs syriens employaient leur laineaux usages auxquels elle est encore appliquée maintenant, et que l’habitude de latondre était déjà connue. «Alors Jacob se leva et mit ses fils et ses femmes sur des» chameaux; et il amena tout son bétail et tous les biens qu’il avait acquis, le bétail» obtenu par ses soins, qu’il avait gagné à Padan-aram, pour retourner chez Isaac» son père, dans la terre de Ciianaan. Et Liban alla tondre ses moutons (1). »« Et Juda se consola, et alla voir ses tondeurs de moutons à Zimnath (2). » Quand,long-tems après, les descendans de Juda furent devenus une nation et furent enpossession de la terre promise, la saison de la tonte des moutons fut considéréecomme une des plus importantes pour les travaux rustiques. Long-tems avantcette époque, la laine fut tissée pour en faire du drap, ce qui indique un premierprogrès de l’art. Le sauvage emploie comme vêtement la peau du mouton ou de lachèvre avec sa couverture de poils, comme on l’a vu chez les Scythes, les Gau-lois et les anciens Bretons, et comme on le voit encore chez les Kalmouks etquelques autres peuples de l’Asie , ainsi que chez les Hottentots et autres habi-tans de l’Afrique méridionale . Quand on fabrique des étoffes dans les tribus sau-vages, c’est simplement en pressant la laine à l’état humide, de manière à en ob-tenir une espèce de feutre analogue à celui que nous employons encore à la fabri-cation des chapeaux; par ce moyen, les filamens laineux s’attachent les uns auxautres et s’entrelacent de manière à former une espèce d’étoffe, dont furent exclusi-vement fabriqués les premiers vêtemens de laine des peuples grossiers du nord del’Asie et de l’Europe . L’emploi de la quenouille et de la navette indique un progrèsconsidérable dans les arts; cependant, nous avons des preuves incontestables que
(1) Genèse, XXXI, 17, 18,19.
(2) Genèse, XXXVIII, 12.