LE MOUTON.
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HISTORIQUE.
les tribus nomades de la Syrie étaient arrivées à ce point long-tems avant la con-quête de la toison d’or par Jason, et avant que Minerve enseignât à ses Athéniensl’art de filer et de tisser.
Outre le fuseau et le simple métier de l’Orient, les pasteurs syriens avaient, dèsles premiers tems, acquis l’art de donner à leurs étoffes ces belles couleurs quiplaisent tant à l’œil. La chair du mouton fut également employée, mais avec cettetempérance qui distingue encore maintenant les peuples de ces contrées dans l’usagede la nourriture animale. C’était du lait de leurs troupeaux qu’ils tiraient la partieprincipale de leur nourriture quotidienne. Ils possédaient l’art de faire cailler lelait de leurs chèvres et de leurs brebis; le fromage, le beurre, avec la graisse et lemiel, formaient les simples repas de ces premiers pasteurs, comme aujourd’huichez les Kourdes, les Turcomans et les Arabes.
Ainsi le mouton lut approprié de bonne heure aux jouissances de l’homme, et cen’est pas sans raison que beaucoup de personnes regardent l’Asie occidentale commele berceau de la race domestique, d’où l’on peut supposer qu’elle s’est irradiée seu-les autres parties du monde, accompagnant l’homme dans toutes ses migrations, etdevenant partout un instrument de civilisation.
Les moutons pénétrèrent probablement en Europe par l’Hellespont avec la pre-mière civilisation des habitans. A une époque moins éloignée, le Mouton d’Arcadiefut l’orgueil de la Grèce , et d’innombrables allusions dans les écrits de ses poètes,disses historiens et de ses philosophes, nous montrent combien fut estimé ce pré-sent des dieux. On pense que l’introduction du mouton en Italie n’eut lieu quebeaucoup plus tard. Long-tems après la fondation de Rome , les habitans n’avaientpas encore appris à tondre la toison, et du tems même de Pline , l’ancienne habi-tude de l’arracher de la peau n’était pas encore entièrement abandonnée; ainsi leshumbles pasteurs syriens avaient surpassé depuis long-tems, dans la connaissancedes arts utiles, les futurs conquérans de leur pays et du monde.
Le mouton fut entretenu de bonne heure en Espagne , et l’on ignore s’il y fut in-troduit de l’Afrique ou de l’Orient. Les autres parties de l’Europe étaient trop boiséesalors pour que le climat y favorisât l’éducation des moutons, et leur nombre paraîty avoir été long-tems très-limité par cette cause. Les tribus Celtes estimaient beau-coup plus le bœuf que le mouton, et les troupeaux des anciens habitans de l’Europe ne furent jamais aussi nombreux que ceux des pasteurs de la Syrie et des autresparties de l’Asie .
Le mouton diffère si peu de la chèvre, que les naturalistes ne peuvent que diffi-cilement assigner à chaque genre des caractères distinctifs. Dans tous les deux, lafourrure consiste dans un poil mêlé de laine, mais chez le mouton placé dans cer-taines conditions, le poil tend à disparaître, et la laine couvre tout le corps, exceplé