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LE MOUTON.
HISTORIQUE.
la face et une partie des pattes, tandis que chez la chèvre, quoiqu’il y ait un rudi-ment de laine floconneuse sous le poil long, cette laine ne prend jamais le dessuscomme chez le mouton, et reste toujours la couverture essentielle du corps. Chez lemouton il y a des cornes chez le mille et la femelle, quoique souvent elles dispa-raissent dans un des sexes ou dans les deux. Elles sont angulaires, ridées, contour-nées en spirale, s’étendant dans une direction latérale; ordinairement elles secourbent en avant, môme quelquefois en arrière comme chez la chèvre, de manièreque ce caractère ne distingue pas toujours la chèvre du mouton, comme les natura-listes l’admettent généralement.
Le mouton domestique est bien inférieur aux espèces sauvages en force et enagilité. Laissé en liberté, il n’acquier-t jamais ni l’humeur farouche, ni la rusticité,ni la vivacité de l’Argali ou du Mouflon. Cependant il n’est pas aussi stupide etinsensible que quelques auteurs le prétendent. Par le fait de sa domesticité com-plète, ses instincts primitifs sont effectivement émoussés, et il perd la prévision etl’intelligence du danger, qui lui sont naturels; mais lorsqu’il est rendu à un étatvoisin de la liberté, comme sur les montagnes de l’Ecosse et du pays de Galles, ilmontre que, malgré sa faiblesse organique, il lui reste assez d’énergie pour sapropre conservation. Lorsque ces animaux sont attaqués par des chiens ou des re-nards, le troupeau forme un cercle avec les béliers en avant, et présente la face àl’ennemi; les béliers se jettent alors sur les assaillans, et leur donnent de vigoureuxcoups de cornes. Dans leurs disputes entre eux pour la possession des femelles ,^ilscombattent avec une énergie surprenante, et s’étourdissent mutuellement par la vio-lence de leurs chocs. Le mouton est un animal que son épaisse toison protège ad-mirablement contre la température la plus rigoureuse, et qui la supporte avec faci-lité. Il semble prévoir la chute prochaine de la neige, et cherche un abri contresa violence. Enterré sous cette neige, comme cela lui arrive quelquefois, il vitsouvent plusieurs jours dans cet état, et même des semaines entières, et peutêtre déterré sans avoir aucunement souffert, pourvu qu’il ait échappé à la suffoca-tion ; sa toison étant, comme la neige elle-même, un très-mauvais conducteurdu calorique, conserve la chaleur naturelle du corps à un degré suffisant pourentretenir la vie. La brebis porte à sa progéniture cette affection que la nature aimprimée à tous les animaux; s’il arrive un malheur à un de ses petits, elle en
(1) Cette assertion de l’auteur anglais peut avoir en France une importance réelle, parce qu’on n’v est pasassez convaincu, généralement, que le mouton redoute autant, et plus peut-être, la chaleur et la séche-resse que le froid et l'humidité. Il ne faut pas perdre de vue, toutefois, dans l’application, qu’il s’agit icid’animaux adultes qu’une vie presque sauvage et en petit nombre a doués d’une rusticité beaucoup plusgrande que celle de nos animaux élevés en grands troupeaux, et tenus depuis long-tems dans une domes-ticité complète. R.