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LE MOUTON.
HISTORIQUE.
la valeur et les qualités pour la filature et le tissage. Dans des pays plus chauds, lalaine est quelquefois à peine développée et presque toute la fourrure est composéede poils, comme chez les bêtes fauves, la gazelle et la chèvre. Cependant ce faitn’est rien moins que constant, et dans les contrées les plus chaudes, la toison setrouve quelquefois floconneuse, douce et fine. Souvent la laine est longue et seslilamens gros, sans être de la nature des poils; c’est ce qu’on observe chez les mou-tons des plaines les plus riches de l’Angleterre : d’autres fois elle est courte, fine etfrisée comme on la trouve sur les moutons montagnards de l’Espagne . Nous pou-vons quelquefois attribuer à l’influence des climats les modifications que présen-tent les caractères de la laine ; mais souvent aussi ces modifications tiennent àdes causes qu’il nous est impossible de découvrir, et parmi lesquelles la domes-ticité et le régime auquel nous soumettons les animaux jouent un grand rôle. Lesdifférens caractères de la laine la rendent plus ou moins précieuse et plus ou moinspropre aux divers usages manufacturiers auxquels on la destine. Ainsi la lainelongue et grosse des moutons des plaines de l’Angleterre convient particulièrementà la fabrication des flanelles ; celle des Soutfidoum , Ryeland et Mérinos à la fabri-cation des draps, et celle des moutons de bruyère à tête noire des landes d’Écosse ,
( Blackfaced , Heath Sheep of Scotland ) à la confection des tapis et des étoffes gros-sières.
On connaît encore moins les causes qui agissent sur la coloration de la laine, quecelles qui modifient sa texture, sa longueur ou sa beauté. Quelquefois elle est noire,quelquefois grise, quelquefois brune et dans d’autres cas blanche, ou en partieblanche et en partie noire. Nous ne connaissons aucune loi qui détermine ces cou-leurs. Il y a des raisons de penser que la toison des moutons primitifs tendait plutôtaux couleurs sombres qu’au blanc, parce que cela se remarque encore chez les mou-tons abandonnés long-tems à leur état naturel; mais la couleur blanche a toujoursété plus estimée, comme plus agréable à la vue, et surtout parce que la laineblanche est plus propre à recevoir ces belles et brillantes couleurs que nous sommesà même de lui communiquer par les procédés de la teinture. Le désir de l’obtenirune fois formé, il dut être facile de se procurer des moutons blancs en prenant, pouren tirer race, des mâles et des femelles de cette couleur seulement.
Les races de moutons de l’Asie et de l’Europe sont extrêmement variées. Un ca-ractère remarquable qui distingue celles de plusieurs contrées, est l’accumulationdu tissu graisseux dans des parties spéciales de leur corps. La graisse, nous le sa-vons, est un tissu sécrété, qui s’entremêle avec la fibre musculaire et l’entoure.,ainsi que les viscères. Une grande partie s’en accumule ordinairement sous la peau,en épaisseur qui varie dans les différentes parties du corps, telles que la croupe, lesflancs et l’épaule. Or, chez certaines races de moutons, elle s’accumule en grande