LE MOUTON.
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éprouve un inconsolable chagrin; s’il s’éloigne d’elle, son bêlement d’anxiété estentendu partout ; l’agneau, de son côté, semble reconnaître ces soins par une ten-dresse extraordinaire. Qui de nous, à la tonte de son troupeau, n’a pas remarquél’aspect de surprise et d’effroi de cet agneau, quand la mère court pour la premièrefois à lui, privée de sa toison? Combien sa frayeur est vite calmée, et avec quellesensibilité il exprime sa joie, en reconnaissant cette voix et en recevant ces caressesauxquelles il est accoutumé! Le mouton paraît insensible et stupide, parce quenous cherchons rarement à nous l’attacher par des actes de familiarité et de bonté;mais qu’un agneau orphelin soit élevé dans la cabane du berger, et nourri de samain, et nous le trouverons presque aussi familier que le chien, content d’êtrecaressé, et ne voulant pas quitter son protecteur, pour se joindre à ses cama-rades. Dans les pays où le berger dirige son troupeau, et ne le fait pas garder par leschiens, comme cela se pratique ailleurs, la docilité que les animaux acquièrent estmerveilleusement grande. Us suivent leur guide partout où il les conduit, obser-vent ses mouvemens, écoutent sa voix, et s’il se sert d’un cornet ou d’un cor, ilscomprennent la signification du son qu’ils entendent, et obéissent au signal. Noussommes encore charmés par ce reste de simplicité et d’innocence pastorales dansles Alpes suisses, dans les parties montagneuses de l’Italie , en Grèce et autres lieux;le petit berger connaît par leur nom tous ses agneaux favoris, et lorsqu’il lesappelle, ils quittent le troupeau et accourent à lui. Si leur nombre est considérable,il en choisit quelques-uns, leur fait une simple leçon , et ils deviennent les guidesdes autres dans les pâturages désignés; ils apprennent même à rassembler les traî-neurs. La musique du berger montagnard n’est pas, nous le savons, une fiction poé-tique : dans les montagnes du Midi, nous entendons encore maintenant les sonsharmonieux de sa flûte rustique. Le matin, il fait sortir son petit troupeau, et jouependant qu’il le conduit; il en est de même, lorsqu’après le coucher du soleil ille ramène à la bergerie, pour le préserver de l’attaque des loups.
La fourrure des moutons se compose d’un peu de poil (4), mais essentiellementde laine. Dans des pays froids, humides et élevés, le poil devient quelquefois assezlong pour couvrir entièrement la laine ; et lorsque, dans la première partie de l’été,cette laine tombe, la couverture de poil reste pour protéger l’animal. Dans d’autrescas, le poil, moins abondant, est seulement mélangé avec la laine, dont il diminue
(1) Ce poil, droit et lisse, diffère essentiellement de la laine; il a reçu le nom particulier de jarre; il serencontre dans toutes les toisons ; mais ce n’est que dans les toisons grossières qu’il existe assez abondam-ment pour être remarqué dans un examen superficiel; on dit de ces dernières qu’elles sont jarreuses. Ontrouve principalement du jarre sur les parties postérieures latérales des cuisses ; aussi le nomme-t-onquelquefois en France poil de culotte, du nom de boucherie de cette région. R.
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