LE MOUTON.
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comme les chèvres. Ils aiment beaucoup à se placer sur des tertres élevés et à mar-cher à travers des décombres ou des rochers escarpés. Ils sont prudens et timides,et s’avertissent par un signal, comme les moutons plus sauvages des sommets desmontagnes, lorsqu’ils craignent un danger. Us descendent furtivement les coteauxpendant la nuit, et font des invasions dans les champs de fromens et d’autresplantes vertes. On les enferme difficilement dans des parcs artificiels, parce qu’ilssautent par dessus les clôtures et se fraient un chemin à travers les clairières deshaies; quelquefois même on en a vu qui, emmenés à de grandes distances, échap-paient à la vigilance de leurs gardiens et regagnaient les montagnes qui les avaientvus naître. Ils arrivent à Londres et sur d’autres marchés de consommation aprèsavoir été engraissés, généralement, par un séjour de quelque tems dans des pâtu-rages plus riches. Leur chair, comme celle de tous les moutons du pays de Galles ,est excellente et se vend très-avantageusement quand elle est grasse. Aussi vend-onà Londres , sous le nom de mouton du pays de Galles , beaucoup de viande qui pro-vient, en réalité, de croisemens de diverses espèces.
La toison pèse d’un demi à un kilogramme; elle n’est jamais dépourvue de poil oujarre (kemps). Elle a les caractères de la laine longue, et est, par conséquent, pluspropre à la fabrication des flanelles, des bas et autres tissus analogues, qu’à celledes draps. Néanmoins, toutes les étoffes de ménage à l’usage de la campagne se fai-saient autrefois avec elle, et d’autres espèces semblables et indigènes. Les Galloisconservèrent long-tems la simplicité de leurs anciennes habitudes; ils fabriquaientleurs étoffes de laine dans leur propre ménage; le bon marché du travail mécaniquea tué complètement cette fabrication domestique, au profit, sans doute, de l’ac-croissement de richesse générale du pays, mais non pas, peut-être, au profit desprogrès de l’industrie et du bonheur agricoles (1). Cette race de moutons présenteune particularité remarquable : la laine du cou tend à tomber avant celle du corps, etil en est résulté l’usage assez fréquent de tondre, avant l’hiver, la laine de la tête etdu cou (2).
Les moulons d’Anglesea sont alliés à cette race; mais, élevés dans un pays plusbas, ils sont plus grands que les moutons communs des montagnes. On a fait, de
(1) Que les économistes français , trop engoués du système mercantile et manufacturier, veuillent bien
méditer cette réflexion douloureuse du savant professeur d’Edimbourg , que son patriotisme ne lui per-mettait pas de commenter davantage. Les développemenS de l'industrie cotonnière, et surtout la filaturedes lins à la mécanique, offrent, sur ce sujet, des rapprochemens qui méritent, à tous égards, de fixerl’attention de nos hommes d’état. R.
(2) La chute prématurée de la laine du cou ne serait-elle pas l’effet de la tonte habituelle de cette partieavant l’hiver, au lieu d’en être la cause? Les deux hypothèses semblent également vraisemblables. R.