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LE MOUTON.
à cet égard. L’ancien Wiltsiûre, toutefois, était remarquablement approprié auxconditions naturelles et artificielles au milieu desquelles il était entretenu : les ani-maux habitant depuis long-tems une contrée de collines calcaires, au milieu desterres, et non exposée aux intempéries rigoureuses, mais entièrement dépourvued’ombrages, où le pâturage est presque-nul et les animaux obligés de parcourir degrandes distances pour ramasser leur nourriture, ce qui a établi l’usage immémo-rial de les conduire, chaque jour, à de grandes distances de leur parc. Des moutonsayant une toison légère, des membres vigoureux et musculaires, et l’habitude desubsister sur de maigres herbages, convenaient évidemment à de telles circons-tances. Non-seulement la toison du Wiltshire est plus légère que celle d’aucun autremouton de cette contrée, mais son ventre est dépourvu de laine, caractère qui nepeut exister que sur un sol sec et chaud, où l’animal n’a pas besoin d’être protégépar sa fourrure contre l’humidité de la terre. Mais ces propriétés spéciales ont étélargement compensées par d’autres, entièrement contraires aux qualités les plus re-cherchées dans l’amélioration des moutons. Subsistant sur un pâturage maigre etaride, les Wiltshire ont acquis l’habitude de s’engraisser lentement, et, bien quefort estimés des bouchers, ils n’en étaient pas moins l’une des races les plus diffi-ciles à engraisser parmi les grands moutons de l’Angleterre. Aussi ne peut-on mettreen doute les bénéfices considérables qu’ont retirés les individus et la contrée, de lasubstitution des Southdown à cette race grossière et inculte. On peut se demanderpourquoi l’on n’a pas amélioré le mouton Wiltshire , corrigé les défauts de sa con-formation, conservé sa taille et maintenu la finesse de sa toison? On aurait pu, sansdoute, obtenir tous ces résultats par les soins des éleveurs, appliqués à l’améliora-tion de l’animal pendant une période suffisante ; mais ces travaux eussent exigé touteune génération au moins, et les intérêts des cultivateurs se sont beaucoup mieuxtrouvés de prendre ce qui était tout formé sous leur main, que de recourir à la lenteamélioration d’une race aussi radicalement défectueuse.
Les figures de la planche XI représentent l’ancienne race Wiltshire sans aucunmélange de sang étranger, et offrent peut-être le dernier exemple qui sera mis sousles yeux du public d’une race autrefois si célèbre et si estimée. Les individus re-présentés font partie d’un troupeau entretenu sur une propriété du comté de Wilt,léguée par testament au propriétaire actuel, sous la singulière condition qu’il y en-tretiendrait un troupeau de moutons de l’ancienne race Wiltshire parfaitement pure;le testateur ayant adopté cet expédient, afin de perpétuer l’existence de sa racefavorite.
La race Wiltshire peut être considérée comme le type de quelques autres qui onthabité une portion des comtés calcaires du centre de l’Angleterre jusqu’à une époqueassez rapprochée. L’ancien Ilampshire peut être rapporté à ce groupe. Les animaux
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