LE MOUTON.
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RACE MÉRINOS.
Cette belle contrée, si fertile et si pittoresque, n’a presque jamais pu jouir de sesressources sans égales. Sauf de très-courts intervalles heureux, l’histoire nousmontre l’Espagne constamment déchirée par des troubles intérieurs, des guerresétrangères, l’intolérance civile et le fanatisme religieux. Ses premiers habitans,probablement de la même grande famille humaine qui peuplait la Gaule et les au-tres contrées occidentales de l’Europe , furent d’abord en relations commercialesavec des voyageurs phéniciens qui fréquentaient ces parages, et plus tard avec deshabitans de Samos , et autres grecs auxquels on permit de bâtir des villes sur les co-tes de la Méditerranée. Ges étrangers se contentèrent d’abord de leurs petites colo-nies maritimes et des moyens d’échange qu’elles leur offraient avec les indigènes;mais à la longue, les Phéniciens, conformément au système de colonisation qui lesdistinguait, fondèrent la cité de Gades, aujourd’hui Cadix , au dessus du détroit Ga-ditanien ou de Gibraltar .
Les naturels, alarmés de cette usurpation, se préparaient à en attaquer les auteurs,lorsqu’ils eurent la malheureuse pensée d’appeler à leur aide les Carthaginois, lepeuple maritime le plus puissant de la Méditerranée. Méprisant leurs alliés, ces am-bitieux entreprirent, pour leur propre compte, un système de conquête cruelle; ilspénétrèrent dans l’intérieur du pays jusqu’à l’Ebre , y établissant forteresses et ci-tés , au nombre desquelles se trouva la grande ville de la nouvelle Carthage, quiporte encore aujourd’hui le nom de Carthagène . L’an 216 avant J.-C., le siège fatalde Sagonte , située dans le royaume actuel de Valence, donna lieu à la guerre mémo-rable entre Rome et Garthage, terminée par la destruction de cette dernière et ladomination de son implacable rivale. Les Romains poursuivirent alors la conquêtede cette contrée dévouée, où ils avaient été appelés comme protecteurs; mais il leurfallut près de deux cents ans pour en obtenir la soumission. A la fin, cependant,toute l’Espagne devint une province romaine et reçut en échange de son indépen-dance la tranquillité la plus durable, et la prospérité publique la plus grande, dontelle eût joui jusqu’à ce moment. Sous la sage administration des lois romaines, l’Es pagne devint rapidement la plus riche, la plus industrieuse et la plus puissantede toutes les nations soumises à l’empire. Ge fut pendant cette période de la domi-nation romaine, qui dura plus dé 450 années, que cette contrée se fit remarquer parson commerce, son agriculture, et ses autres industries. Quelques-unes de ses citésétaient classées parmi les plus opulentes de l’ancien monde; et ses aqueducs, sesponts, ses voies de communications, maintenant en ruines, attestent un degré decivilisation et de goût qui n’a plus existé, depuis lors, que sous la domination par-tielle des califes.
Les auteurs romains , lorsque par hasard ils parlent des productions de cette im-portante province, disent que sa laine était fort estimée pour sa finesse. Ils la décri-