LE MOUTON.
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IIACE MÉRINOS.
des criminels dans le pays, où on les accuse de n’avoir embrassé le christianismeque pour la forme, et d’être restés mahométans dans le cœur. On accorda trentejours à ces victimes, au nombre de plus de six cent mille, pour quitter Je pays, ettout ce qu’on put trouver après ce tenus fut mis à mort. L’Espagne perdit ainsi, pardes actes d’imbécillité tyrannique, la partie la plus industrieuse de sa population.Les conséquences de ce malheur étaient irréparables; mais encore aggravées par laguerre, l’émigration et les impôts, elles ont laissé le pays dans un état de langueuret d’impuissance qui a stérilisé les bienfaits dont la nature l’avait comblé. Les trou-peaux de ses montagnes lui sont restés; mais l’industrie qui les met en valeur a dis-paru complètement, et, à la place des admirables étoffes créées par l’intelligencede sa population, ce sont des produits bruts seulement que le pays exporte main-tenant; encore la valeur de ces exportations diminue-t-elle chaque année.
Nous avons déjà dit que le mouton espagnol appartient à deux classes générales,comprenant : 1° ceux qui produisent une laine longue et qui habitent généralementles contrées cultivées ; et 2° ceux qui produisent une laine courte et frisée, que l’oirtrouve principalement sur les montagnes, les plateaux et les dunes. C’est à ce der-nier type, de beaucoup le plus nombreux et le plus important, qu’appartient la raceMérinos , mot d’une étymologie douteuse, mais dérivé de l’adjectif Merino , appliquépar les Espagnols aux moutons voyageant de pâture en pâture, de même que lemot Merino signifie un juge du pâturage des moutons, et Merinadad , la juridiction dece juge. On a formé de nombreuses conjectures touchant l’origine de cette variété demoutons, si distincte de toutes les races indigènes de l’Europe ; mais on ne saitguère, malgré cela, quelle est cette origine, ou par quelle marche progressive cesanimaux remarquables ont acquis les propriétés qui les distinguent. 11 ne paraît pas,cependant, qu’il faille recourir à de grands efforts d’imagination, pour trouver cetteexplication. De tous tems l’Espagne paraît avoir été renommée pour la finesse deses laines, et l’on peut raisonnablement attribuer ce fait au climat, au pâturage etaux autres circonstances physiques au milieu desquelles les animaux sont natura-lisés. Toutefois, il est permis de penser que la race Mérinos , qui fournit unelaine remarquable, non-seulement par sa finesse, mais encore par l’abondance dusuint et sa disposition au feutrage, est le produit du mélange de quelques racesétrangères, avec celles de la contrée. Quelques personnes ont prétendu qu’elle pro-venait des Oves molles, ou moutons à laine fine de l’ancienne Italie , mais on n’a passuffisamment justifié cette supposition. Columelle , qui était né dans l’Espagne mé-ridionale, nous apprend bien qu’un de ses oncles, du même nom que lui, intro-duisit sur sa ferme, en Espagne , quelques moutons d’Italie , à laine fine; mais ilajoute qu’il s’était également procuré quelques béliers africains , qui furent conduitsà Rome et exposés dans les spectacles publics. 11 est difficile de savoir quelle in-