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LE MOUTON.
Mais les germes de décadence avaient été répandus avec le triomphe des chré-tiens : comme la conquête sur les Maures avait eu lieu province par province, celles-ci furent partagées entre les grands seigneurs, et le système féodal du vasselage futrétabli sous la plus mauvaise de ses formes. L’autorité conférée à des feudatairesguerriers était en opposition perpétuelle avec les droits du peuple et les prérogativesdu pouvoir exécutif. Les lois étaient méprisées par des sujets si puissans, et l’anar-chie résultant du conflit des juridictions détruisit la pa„ix dont jouissait en appa-rence le pays. L’intolérance religieuse et les usurpations de l’autorité sacerdotaleaugmentèrent les troubles civils, en sorte que les triomphes, qui avaient été saluéscomme les avant-coureurs de la paix, ne contribuèrent en rien aux progrès de l’in-dustrie et du bonheur de la contrée. Ferdinand et Isabelle, malgré la prudence etla sagesse de leur administration, étaient imbus des idées de l’époque où ils vi-vaient; ils établirent l’Inquisition , l’une des institutions les plus barbares qui aientjamais existé. Cette junte d’hommes fanatiques dirigea ses vengeances contre lesjuifs, qui étaient les principaux agens du commerce intérieur de la contrée. On aprétendu que, pendant les quatre premières années de l’établissement de ce tribu-nal , six mille de ces malheureux furent brûlés vifs publiquement, et que cent millepérirent dans les tortures. Mais ce fut surtout contre les Maures, qui avaient uséd’une si noble tolérance au tems de leur prospérité, que la rage de ces bourreaux im-pitoyables fut spécialement dirigée; Grenade n’eut pas plus tôt capitulé que cetterace malheureuse fut condamnée à toute la cruauté et aux indignités les plus sau-vages que l’imagination puisse inventer; aussi, peu à peu, tous les bénéfices de leurindustrie furent perdus pour la contrée qu’ils avaient enrichie. Tel était l’état de l’Es-pagne lorsque Charles-Quint succéda au plus bel empire qu’eût jamais possédé unprince européen. L’histoire de sa vie ambitieuse est connue de tout le monde; mal-gré la gloire de son règne magnifique, la puissance de l’Espagne eut une décadencerapide. A cinquante-six ans, au milieu d’élémens de guerres prochaines, il cédasa couronne à son fils Philippe, qui, sans être dépourvu de talens, ne put soute-nir la réputation de son père. Ce prince échoua dans presque toutes les entreprisessuscitées par son ambition et sa cupidité, et les trésors du Nouveau-Monde, loind’enrichir son pays, y détruisirent la prospérité en détournant l’attention de seshabitans des arts utiles qui, seuls, peuvent procurer la véritable richesse. La per-sécution des Maures redoubla d’activité sous le règne de Philippe, et les bûchersde l’Inquisition continuèrent à brûler par son ordre. La résistance que ces sup-plices provoquaient chez les victimes devenait le signal de nouveaux massacres,et sous le règne de son successeur, Philippe III , la ruine de l’industrie du paysfut achevée par l’expulsion de ce qui restait de cette race intelligente. Ceux qui sur-vécurent embrassèrent le christianisme; mais ils furent toujours considérés comme