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LE MOUTON.
KACE MÉRINOS.
inférieure à ce qu’on pouvait en attendre. Les animaux étaient de petite taille, moinsrustiques que leurs ascendans anglais et généralement inférieurs de conformation.Le tems et l’expérience ont si bien confirmé ces résultats, qu’il existe à peine un seultroupeau de métis aujourd’hui, excepté chez quelques amateurs; les éleveurs les ontou complètement abandonnés, ou recroisés avec le sang anglais , jusqu’à ce que lesdernières traces du sang espagnol eussent entièrement disparu.
Toutefois, au lieu d’essayer d’implanter la race espagnole sur la souche anglaise,d’autres éleveurs ont conservé les Mérinos purs, et cette expérience a beaucoupmieux réussi que l’autre. On a reconnu que là taille du Mérinos naturalisé augmen-tait, ainsi que ses dispositions à l’engraissement, et le pouvoir lactifère des femelles,et qu’en apportant une attention suffisante à la production, on améliorait la con-formation extérieure. La laine devint plus longue et perdit un peu de sa ténuité,mais pas notablement ; à la condition, pourtant, que les animaux fussent, comme enSaxe, abrités contre le froid, dont l’effet nécessaire est de provoquer une plus grandeproduction de laine pour protéger l’animal. Les Mérinos naturalisés n’ont jamais puacquérir la rusticité des races indigènes, et périraient immédiatement, sur les mon-tagnes où sont acclimatés les races du pays de Galles, Gheviot, et des bruyères àtête noire; néanmoins, on peut conclure, par induction, que ces animaux pour-raient être acclimatés progressivement.
Ce que les cultivateurs de la Grande-Bretagne reprochent à la race Mérinos , cen’est pas de ne pouvoir être élevée, habituée au froid et améliorée dans sa confor-mation, tout en conservant à un degré modéré les caractères de sa laine; mais c’estde ne pas offrir, comme race, une importance économique égale à celle des animauxqu’ils possèdent déjà. La laine, à la vérité, a plus de valeur et est plus abondanteque celle d’aucune autre race de moutons que l’on puisse élever; mais la laine n’estpas le profit le plus important qu’on puisse obtenir des moutons dans cette contrée,et c’est en combinant la production de la viande avec celle de la laine, que les inté-rêts des fermiers peuvent être le mieux satisfaits. La race est dans le pays, chacunpeut se la procurer, et les meilleurs fermiers, après en avoir fait l’essai, l’ont aban-donnée en faveur des races indigènes. Si le fermier anglais devait tirer son prin-cipal produit de la toison, comme le fermier saxon, et fort peu de chose du corps del’animal, il pourrait se livrer exclusivement à l’une de ces productions; mais teln’est pas le cas dans les circonstances actuelles où se trouve le pays, et l’intérêt dufermier anglais est tout différent. 11 ne peut pas enfermer les animaux dans des ber-geries pendant la moitié de l’année pour les protéger contre les rigueurs de la tem-pérature et en obtenir une laine plus fine; encore moins les nourrir de foin et degrain, au lieu de leur donner en abondance des racines, des herbages et les plantesfourragères que l’agriculture de chaque localité a coutume de leur fournir.