Si l’intérét privé ne permet pas de se livrer à la production de la laine fine, de pré-férence à une grande quantité de viande, et d’adopter une race inférieure en rusti-cité, en précocité et en aptitude à l’engraissement, l’intérêt national semble encoremoins l’exiger. L’Espagne et d’autres contrées de l’Europe , où la toison a plus de va-leur que le corps des animaux, se consacrent à la production des laines fines, et lesrelations commerciales étendues de l’Angleterre lui permettent de s’en procurer,dans toutes ces contrées, autant que ses manufactures peuvent en consommer. Nospropres colonies, en outre, augmentent chaque année l’extension donnée par ellesà cette production. N’est-il donc pas avantageux pour nous de demander au com-merce une denrée d’une utilité secondaire, qu’il nous fournit à meilleur marché quenous ne saurions la produire, et de consacrer exclusivement nos moutons adonnerde la viande dont nous ne pourrions nous approvisionner dans aucune autre contrée,nous contentant d’une sorte de laine moins fine, à la vérité, que celle qu’on pro-duit ailleurs, mais qui est entièrement employée par les manufactures de lacontrée?
Aujourd’hui, les éleveurs de Mérinos les plus distingués de l’Angleterre sontlord Western et M. Benett, M. P. du Wiltshire . La souche de lord Western estsaxonne pure, ou du moins croisée avec des béliers saxons; celle de M. Benett estpure espagnole, et a été progressivement améliorée, par la sélection d’individus dumême sang. Ces troupeaux ont compté, à une époque, jusqu’à 7,000 têtes; on lesréduisit, plus tard, à 3,500. Leur traitement est celui des moutons du pays ; il paraît,cependant, que, chez lord Western, il se rapproche davantage de la méthodesaxonne , sous le rapport de la protection contre les intempéries. Bien que le trou-peau fin de M. Benett eût été acclimaté de la même manière, il périt en grandepartie pendant un hiver rigoureux qui eut lieu il y a quelques années, ce qui prouveque la race n’a point encore vécu assez long-tems en Angleterre, pour être parfaite-ment accoutumée à son climat froid et variable. D’autres gentilshommes ont im-porté des Mérinos directement de Saxe , et ont ainsi obtenu, d’un seul coup, la plusgrande perfection possible de la toison ; mais il y a peu de raison de penser que cetteexpérience ait été plus avantageuse que celles qui l’avaient précédée. Un certainnombre de Mérinos ont été récemment conduits en Irlande , et peut-être y seront-ils plus avantageux que quelques-unes des races existantes; mais cela prouve moinsJe mérite des Mérinos, que la médiocrité des-races qu’ils ont supplantées.
La race des moutons Mérinos a également été conduite dans diverses régions duglobe, et soumise à une nouvelle série d’agens extérieurs. Le grand continent insu-laire de la Nouvelle-Hollande , dont les productions végétales et animales diffèrent,tant de cellc-s de tous les autres pays, possède maintenant cette race importante, quis’y est montrée parfaitement appropriée à sa nouvelle condition. Le premier établis-