LE MOUTON.
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LAINE.
chesses qui rendirent leur pays le plus populeux et le plus fertile de l’Europe . L’An-gleterre était le principal marché où ils s’approvisionnaient de laine brute, et seuleelle pouvait suffire à la demande de leurs innombrables métiers. Ils revendaient à unprix élevé les produits manufacturés, et cependant ce commerce était encore réci-proquement avantageux, parce qu’il était également approprié à l’industrie desdeux peuples, l’un presque barbare, l’autre plus civilisé. Mais Edouard III (1), peuaprès son avènement au trône, résolut d’enlever, autant que possible, aux Fla-mands , la fabrication des tissus de laine, et de l’introduire en Angleterre. 11 encou-ragea l’établissement, dans le pays, d’ouvriers étrangers, et profitant même dequelques dissensions dans les Flandres, il embaucha tous les tisserands, teintu-riers, foulons et autres, et les établit dans différentes parties du royaume, en leuraccordant des privilèges et des faveurs. A cette occasion, l’autorisation fut donnée àtous les marchands, étrangers et régnicoles, d’acheter et de vendre librement, etsans interruption, dans tout le royaume; et tous les fabricans de draps étrangersdurent y être reçus, de quelque pays qu’ils vinssent. Pour encourager les manufac-tures indigènes, on résolut même de prohiber l’exportation des laines anglaises etl’importation des draps étrangers. A un parlement tenu en mars 1337, il fut déclaréqu’aucune laine produite en Angleterre ne pourrait franchir la mer, et qu’aucundrap produit sur le continent ne pourrait être introduit en Angleterre. Mais ce statutdonna bientôt lieu aux exigences de l’échiquier, et ne put résister devant la tenta-tion d’en profiter pour l’établissement d’impôts, licences et amendes.
Ce prince a été considéré comme le grand fondateur de la prospérité manufactu-rière de l’Angleterre; — mais il est juste d’ajouter qu’il eut beaucoup plus d’égards,en cela, aux intérêts de son trésor qu’aux besoins de son peuple, qu’il écrasa d’im-pôts. II est vrai qu’il accorda de grandes faveurs au commerce des laines, mais prin-cipalement comme moyen de battre monnaie; car jamais, sous aucun règne précé-dent, cette industrie n’eut à subir des exactions aussi graves. Il est impossible d’ima-giner la somme qu’il sut en obtenir au moyen des subsides forcés, droits de douane,amendes ou autrement. Ayant un jour, sans la sanction du parlement, et par con-séquent au mépris de la grande charte, établi un impôt très-lourd sur toutes leslaines vendues dans le royaume, les communes lui offrirent 30,000 sacs de lainepour qu’il les affranchît des conséquences de cette loi; quant aux lords, ils le sup-plièrent humblement « de révoquer cette grande injustice,» et offrirent en échangede lui donner, pendant deux ans, la dixième gerbe de tous les grains de leurs domai-nes, la dixième toison et le dixième agneau de tous leurs troupeaux. II mettait aussile clergé à contribution, et, en une seule fois, il lui fit donner 20,000 sacs de
(I) Le Confesseur.