130
LE MOUTON.
f.ACE UOMINEY-M.YUSH.
approuver, forment une race d’animaux très-différente de la race Kent, telle qu’elleexistait au commencement du XIX e siècle.
Les raisons données contre l’introduction de la race perfectionnée étaient les mêmesque celles des éleveurs des marais de l’Est. On prétendait que la diminution de lataille et la détérioration de la toison n’étaient pas compensées par la maturité plusprécoce et l’aptitude plus grande à l’engraissement, chez la race importée; que lesanimaux gras étaient moins estimés des bouchers, et que les brebis étaient moinsprolifiques et plus mauvaises nourrices. On soutenait, d’ailleurs, que la nouvellerace, aussi bien que ses produits, était moins propre que l’ancienne à vivre dans lesmarais découverts sur lesquels elle devait être entretenue, sans abris et sans nourri-ture artificielle, cette dernière pouvant seule être conduite à travers les fossésd’écoulement qui sillonnent le pays, et résister aux vents violens qui balaient lacontrée pendant certaines saisons. II était facile de réfuter la plus grande partie deces objections. La diminution du poids était, jusqu’à un certain point, plus appa-rente que réelle, puisqu’elle résultait d’une diminution dans le volume des os et desparties les plus grossières; elle était, d’ailleurs, plus que compensée pour les éle-veurs, qui avaient la possibilité de conduire plus jeunes, sur les marchés, leursanimaux gras. La dépréciation dans laquantité et dans Jaqualité de lalaine était peuimportante dans cette race, la laine des moutons Romney-Marsh n’ayant jamaisété de première classe, tant pour l’abondance que pour la finesse. Il faut recon-naître que la nouvelle race convenait moins bien aux bouchers; mais c’était parceque la graisse était plus abondante à l’extérieur, et le suif plus rare à l’intérieur.Or, il est à remarquer que l’intérêt du bouclier n’est en harmonie avec celui del’éleveur que jusqu’à un certain point. Le boucher préfère les animaux qui luidonnent le profit le plus considérable à la vente au détail; mais il ne s’occupe nul-lement de la quantité de nourriture consommé^ par eux, ni du tems nécessairepour les amener à maturité, ni d’aucun autre de ces détails économiques d’où ré-sulte le profit de l’éleveur. Les bouchers, en tant que corporation, ont rarement étéles avocats de ces modifications, qui ont ajouté une valeur si importante aux trou-peaux originaires du pays; et par la préférence qu’ils ont long-tems accordée aumouton grossier du Romney-Marsh, ils ont exercé une influence extrêmementfâcheuse sur l’élevage du mouton, dans cette partie dé l’Angleterre (l). L’opinion
(1) Nous en sommes généralement en France , malheureusement, à ce point de l’amélioration de nosraces, où l’incertitude et les tàtonnemens des cultivateurs donnent une autorité toute puissante à l’opi-nion souvent erronée des bouchers, sur la préférence qu’il faut accorder à telle race sur telle autre, dansl’intérêt des éleveurs et des consommateurs. Souvent des préjugés, résultat d’une vieille habitude,guident ces bouchers dans le jugement qu’ils portent; quelquefois une étude incomplète, faite sur un