LE COCHON.
23
COCHON SAUVAGE.
anneau de cette vaste chaîne des êtres interrompue par les tems, qui semble avoirrésisté à la destruction nécessaire de ses congénères dans les révolutions de notreplanète. En effet, la science paraît établir incontestablement qu’à une époque anté-rieure de beaucoup à la création de l’homme, les pachydermes, très-nombreux etadmirablement appropriés pour la consommation d’une végétation luxuriante, habi-tèrent à peu près seuls le globe dont, plus tard, la Providence daigna nous accorderla souveraineté. A cette époque, tout un monde nouveau dut prendre la place deT-ancien, et pour favoriser la multiplication des animaux utiles à l’homme, tels quele mouton, le bœuf et les bêtes fauves, parmi les ruminans, entre autres, qui sem-blent n’avoir point existé dans les périodes qui nous sont antérieures, beaucoupd’espèces de pachydermes, telles que ces énormes mastodontes, gigantesques co-chons, dont nous ne trouvons plus que des restes fossiles, durent disparaître de lacréation; tandis que quelques genres seulement, V éléphant, Y hippopotame, le rhino-céros, le daman, le tapir et le cochon, échappés à la destruction complète, ont cepen-dant été cruellement décimés. L’éléphant, qui se répandait jusqu’aux cercles po-laires par troupes innombrables, est maintenant concentré dans les forêts tropicales ;le rhinocéros, encore plus rare, ne se trouve plus que dans les régions brûlantes del’Afrique et des Indes; l’hippopotame, l’un des plus énormes quadrupèdes vivans,passe timidement sa vie sous les eaux ou sur le bord des plus grandes rivières d’Afri que ; et le tapir, genre intermédiaire entre l’éléphant et le cochon, végète miséra-blement dans quelques contrées intertropicales. Le cochon seul, cet animal glou-ton, anomal, si méprisé, cette dernière des brutes, cet être équivoque et ambiguentre toutes les créatures, survit aux révolutions des tems et se reproduit d’une ma-nière prodigieuse dans chaque région de la terre. Voyons jusqu’à quel point il mériteles reproches qui lui sont adressés pour la structure et les instincts dont la naturel’a doté.
Comme nous l’avons vu, le cochon est principalement herbivore dans 1 état denature, tout au moins ne fait-il pas la chasse aux autres animaux, et une grandepartie de sa nourriture se compose de racines et de vers ou larves qu il trouve dansla terre. Pour lui permettre de déterrer cette nourriture, les apophyses épineuses desvertèbres du cou sont très-grandes et très-fortes, et des muscles puissans, attachésà ces apophyses et au crâne, donnent au cou une énergie prodigieuse, qu’augmenteencore sa brièveté et son inflexibilité. Ses membres antérieurs sont courts et sa têteallongée, pour qu’en fouillant il puisse atteindre à un plan inférieur à celui sur le-quel il est placé; sa tête a la forme d’un coin, pour pouvoir plus facilement pénétrerdans le sol; elle se termine par un disque mobile, cartilagineux, très-fort, abon-damment pourvu de nerfs qui en exaltent la sensibilité. Les yeux sont petits et en-foncés, afin qu’ils ne soient point déchirés par les broussailles, dans lesquelles se